Voyage sur l’île de Vancouver

Durant mon séjour sur l'île de Vancouver, j'ai pris le temps d’explorer le secteur entre Victoria et Tofino. Je vous parle aujourd'hui de la riante cité de Duncan, située à 50 kilomètres au nord de Victoria, dont le nom fleure bon l’héritage colonial britannique. La ville s’étend dans un paysage pastoral un peu gâché par la Transcanadienne, entre le détroit de Géorgie et les contreforts des montagnes intérieures de l'île de Vancouver. On peut donc profiter tout autant des forêts touffues que de la façade maritime, le cocktail qui fait tout le sel de la grande île.

Duncan, "ville des Totems"

Finn O Hara - Quwutsun Cultural and Conference Centre

On comprend vite pourquoi le patelin s’autoproclame la "ville des Totems". Réalisés par des artistes locaux souvent d’ascendance Salish, impressionnants par leur nombre (il y en aurait plus de 80), ces totems sont aussi très spectaculaires, que ce soit par la taille, les couleurs ou au contraire par leur patine due à la météo. Même si on n’a pas eu le temps de tous les voir, une bonne moitié est facilement visible grâce au Totem Walk : il suffit de suivre les empreintes de pied jaunes au sol.

On s’est dirigé ensuite vers le Cowichan Native Village, une reproduction de maison longue en bois, située à côté du Malaspina College, près du fleuve. L'endroit porte aussi le nom plus chic et plus pompeux de Quw'utsun' Cultural & Conference Center. Centre de l’histoire vivante aborigène, le QCCC est géré par la tribu locale des Cowichan. Branche des Salish habitant la côte du nord-ouest Pacifique, cette ethnie indienne est le plus grand groupe aborigène, avec 4000 individus. Elle occupe l’île depuis des centaines d’années.

Le centre est dédié à leurs traditions ancestrales et leur mode de vie, qu'illustrent expositions, artisanat, danses et manifestations culturelles diverses. On y rencontre des sculpteurs et peintres s’affairant, qui sur des canoës, qui sur des totems ou des masques, quand ce n’est pas sur du tricot, que les pionniers écossais avaient enseigné aux Indiens. Malgré la boutique inévitable, bien achalandée en saumon fumé, on a trouvé le tout très authentique.

Duncan insolite

Opéré par la Cowichan Historical Society, le Cowichan Valley Museum & Archives occupe l’ancienne gare écarlate de 1912 du E&N Railway. Il raconte la vie de la Cowichan Valley au tournant du XXe siècle avec diverses reconstitutions de la vie au village, un General Store, du matériel médical etc.

Planté sur le flanc du Cowichan Community Centre, un espace culturel et sportif en plein centre-ville, on tombe sur la "plus grande crosse de hockey du monde" accompagnée de son palet… Surnommée "the big stick" (elle mesure tout de même 62 mètres) qui désigne aussi l’endroit, c’est un héritage de l'expo 86 de Vancouver. La touche kitsch à laquelle les Américains nous ont habitués. Par ici le hockey est une vraie religion…

Le lendemain, nous avons visité le BC Forest Discovery Centre qui met l’accent sur les débuts de l’industrie forestière dans la région. Scierie, camp de bûcherons, atelier de maréchal-ferrant plantés au bord du Somenos Lake nous mettent dans l’ambiance d’autrefois avec une collection d’une douzaine d’antiques locomotives toutes centenaires. Des artisans travaillent sous nos yeux et il y a un petit train à vapeur de 1910 qui promène le touriste chaque demi-heure. Le tout est bien rustique et bien mignon.

Un détour par Cowichan Bay

Zenatta

Nous sommes partis ensuite à Cowichan Bay, humer l’air de ce vieux village de pêcheurs, contigu à Duncan. Le Cowichan Bay Maritime Centre est constitué de plusieurs baraques perchées sur la jetée en bois. Avec ses ateliers de restauration de vieux gréements et ses modèles réduits, il forme un pont agréable entre le passé et le présent maritimes de la baie.

On y a trouvé des petits bistros sympas servant des fruits de mer et des crabes et où l’on peut boire un verre… à moins d’avoir décidé de se servir à la source en visitant l’un des chais locaux. Nous sommes allés faire une dégustation à la Vigneti Zanatta Winery en activité depuis les années cinquante. Après quelques gouttes de Merlot et d’un original Pinot Grigio, nous sommes repartis sur la Route 1, quelques kilomètres au sud, dîner au Pioneer House Restaurant, un authentique saloon transplanté de Butte au Montana, en lisière de la forêt, et au bar assez spectaculaire... Avec les autres constructions anciennes qui caractérisent le carrefour de Whippletree Junction le quartier a un irrésistible parfum rétro.

Le chemin de fer à vélo 

Nous sommes partis en VTT sur la Cowichan Valley TrailLong d’une soixantaine de kilomètres, ce chemin de randonnée forme une boucle autour de la Cowichan River à travers la forêt du parc provincial Cowichan River en alignant une série d’antiques viaducs. Il s'agit d’une ancienne voie de chemin de fer qui se connecte à la Galloping Goose Trail, une autre ancienne ligne de chemin de fer ralliant Victoria.

Comme notre temps était limité, nous nous sommes bornés à une petite partie au sud de Duncan près de Shawnigan Lake, pour aller admirer le Kinsol Trestle. C’est sans doute le plus grand et le plus spectaculaire de tous ces ponts de Meccano en bois. Depuis 1920, avec ses 200 mètres de long et ses 50 de haut, il surplombe majestueusement la Koksilah River sillonnée par les saumons. Un vrai décor de western !

Chemainus, la "petite ville qui l'a fait"

Destination British Colombia – Fresque murale de Chemainus

On chemine jusqu’à Chemainus, un peu au nord de Duncan, dont les murs sont ornés d’étonnantes fresques et dont la pub annonce de manière mystérieuse et sibylline : "la petite ville qui l’a fait". À la fermeture de la scierie locale, l’une des plus importantes au monde à l’époque, les édiles locaux, craignant que le village ne devienne une ville fantôme, financèrent un artiste en 1982 pour peindre une immense fresque qui commença à attirer les touristes et d’autres artistes.

Le mouvement était lancé et aujourd’hui un monde fou passe admirer une quarantaine de superbes murals évoquant l’histoire de la région sur un ton tantôt émouvant, tantôt humoristique, en jouant bien entendu sur la nostalgie rétro, proposant ainsi une belle BD en plein air, agrémentée aussi de quelques statues.

Le typique Chemainus Valley Museum raconte l’histoire locale, pionnière et forestière. On y apprend, paradoxe, qu’une nouvelle scierie a vu le jour, ce qui n’a en rien freiné l’engouement des artistes et artisans qui viennent s’installer dans cette petite communauté à l’ambiance conviviale… C’est dans cet environnement que Bob Rafelson était venu tourner certaines scènes de Cinq Pièces faciles avec Jack Nicholson en 1970, ce qui ne nous rajeunit pas…

Mes adresses
Quw'utsun' Cultural & Conference Center, 200 Cowichan Way
Cowichan Valley Museum & Archives, 130 Canada Avenue
Cowichan Community Center, 2687 James Street
Vigneti Zanatta Winery, 5039 Marshall Road
BC Forest Discovery Centre, 2892 Drinkwater Road
Pioneer House Restaurant, Whippletree Junction, 4675 Trans Canada Highway
Cowichan Cycles, 136-135 Trans Canada Hwy
*Chemainus Valley Museum, 9799 Waterwheel Crescent
ndlr : L'adresse précédée d'un astérique est située à Chemainus, les autres à Duncan.
© photo principale : Cowichan Bay Maritime Centre © photos articles de haut en bas : Finn O Hara ; Zenatta ; Destination British Colombia