Une demeure pour l’art

Il leur avait promis qu’ils ne quitteraient plus jamais la côte pacifique nord-ouest. En ce mois de mars 2016, alors que le musée qui porte son nom ouvre ses portes au public à Whistler, Michael Audain a tenu sa promesse : les masques des peuples Haida, Tsimshian, Tlingit, Kwakwaka’wakw et de tant d’autres Premières Nations de la côte pacifique nord-ouest, longtemps dispersés aux quatre coins du monde, sont de retour sur leur terre d’origine et désormais installés dans une demeure qui leur est dédiée : le Audain Art Museum.

La maison des masques

La collection permanente s’ouvre sur la salle dédiée à ces masques, ou la lumière tamisée et le panneau en cèdre rouge de James Hart The Dance Screen invitent au recueillement. Ce qui frappe d’emblée c’est la remarquable diversité des représentations : visages humains (les femmes avec un labret), animaux (ours, corbeau), esprits (masque à transformation) se côtoient dans un même lieu pour témoigner de cette diversité artistique, reflet de la diversité culturelle et linguistique des premières nations de la Colombie-Britannique. Une carte présente la répartition géographique de ces populations, avec la nécessaire réserve qui s’impose: le concept de frontière est ici inopérant et certains traités avec le gouvernement canadien ne sont toujours pas signés.

The Dance Screen, de James Hart
The Dance Screen, de James Hart

Les témoins de la côte

La visite se poursuit avec deux salles consacrées à la peintre Emily Carr (1871-1945). Le choix des œuvres veut là aussi rendre compte de la créativité de l’artiste, qu’il s’agisse des techniques utilisées (aquarelle,  peinture à l’huile) ou des lieux qu’elle a peints : une rayonnante maison bretonne fait face au sombre « Crazy stair » de l’un de ses nombreux voyages sur l’ile de Vancouver. Peintre de la nature de Colombie Britannique, dont elle sait rendre comme nulle autre son caractère spirituel, Emily Carr a aussi beaucoup peint les villages amérindiens. Œuvres d’art, ses peintures ont également valeur documentaire puisqu’elles évoquent la vie dans les villages amérindiens au début du xxsiècle. Autre témoin de la vie sur la côte : E.J.Hughes (1913-2007). Originaire de Nanaimo, Hughes peint les ports, plages et ferries avec une poésie qui n’est pas sans rappeler celle du Douanier Rousseau.

The Crazy Stair, de Emily Carr

 

Echo Bay, de Ej Hughes

Les artistes d’aujourd’hui

Plus proches de nous, Ian Wallace, Jeff Wall et Stan Douglas interrogent l’évolution de Vancouver à travers de larges photographies, tandis que les artistes contemporains amérindiens dénoncent la destruction de la terre de leurs ancêtres, comme Lawrence Paul Yuxweluptun avec Clearcut to the Old Growth Tree, ou revisitent la mythologie comme Shawn Hunt dont le Raven steals my light est une réinterprétation talentueuse et humoristique du mythe du corbeau dérobant la lumière.

La qualité, la diversité et la cohérence des œuvres assemblées par Michael Audain témoignent de sa passion et de sa profonde compréhension de l’art de Colombie-Britannique. Sa volonté de lui donner un écrin témoigne de son engagement à le faire connaitre et reconnaître.

Carnet d’adresses

Audain Art Museum
4350 Blackcomb way, Whistler
Site web

Le musée est ouvert tous les jours de 10h à 17h, sauf le mardi – nocturne jusqu’à 21h jeudi & vendredi
Gratuit pour les 16 ans et moins.

© photo principale et photos de l'article : Audain Art Museum