Un chameau à Chinatown

« Everything is going to be alright » : la sculpture de néon, œuvre de Martin Creed, est visible depuis le jardin du Dr Sun Yat Sen. Aperçu pour la première fois se détachant sur un ciel d’orage lors d’une Soirée Enchantée, je le retrouve aujourd’hui sur le toit de la Collection Rennie, comme un clin d’œil ironique à l’exposition temporaire actuellement présentée, intitulée « Chaos ».

Une collection d’art contemporain à Chinatown

À la fin du xixe siècle, Yip Sang est un influent négociant chinois installé à Vancouver. Sa société, Wing Sang, connait un large succès en dépit de la forte discrimination dont la population chinoise fait l’objet. Il fait construire un premier bâtiment, puis un deuxième. Les deux bâtiments sont reliés par une passerelle, sous laquelle se trouve une allée de petits commerces ou l’on peut notamment se fournir en opium dont le commerce est légal au Canada jusqu’en 1909. L’ensemble connait diverse fortunes au cours du xxe siècle avant d’être classé monument historique en 1999. Acquis au cours des années 2000 par l’agent immobilier Bob Rennie, il fait l’objet d’une longue rénovation avant d’ouvrir au public en 2009. Trop petit pour présenter de manière permanente les 1 500 œuvres d’art contemporain accumulées par le collectionneur, le bâtiment accueille deux expositions temporaires par an, articulées autour d’un artiste ou d’un thème.

Interroger le chaos de notre monde

Le thème de l’exposition de cet hiver est on ne peut plus d’actualité : autour d’une cinquantaine d’œuvres représentant 41 artistes contemporains, Chaos nous invite à interroger les errements politiques, économiques, sociaux et raciaux de notre monde ainsi que le regard que nous portons sur eux. L’exposition s’ouvre sur le Camel contemplating Needle de John Baldessari qui fait référence à un proverbe arabe indiquant qu’il est plus difficile pour un homme riche de rejoindre le Paradis que pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille.

Camel contemplating needle, de John Baldessari

Dans la même pièce, Jota Castro juxtapose les noms de patrons de grandes entreprises, de terroristes et de collectionneurs d’art dans une série de panneaux intitulés Motherfuckers never die. Au premier étage, la fresque murale Animal Farm ’92 (after George Orwell) élaborée par Tim Rollins avec les enfants de l’organisation Kids Of Survival (K.O.S.) et les vases chinois han repeints par Ai Weiwei questionnent la fabrication de l’Histoire.

K.O.S. Animal farm, de Tim Rollins

La photo Priceless de Hank Willis Thomas, un détournement d’une célèbre campagne de publicité pour lequel l’auteur a utilisé une photo de l’enterrement d’un de ces cousins assassiné, interroge notre rapport à la consommation et à la publicité. L’exposition se poursuit avec une large installation de Gilbert & George, Bomb, qui fait face aux visages de deux des protagonistes de Colombine du panneau Stay black and die de Rashid Johnson et à de nombreuses autres œuvres. Transformé par la vision créatrice des différents artistes en présence, le chaos s’incarne dans des créations qui sont tout à la fois témoignages et dénonciations de celui-ci mais aussi célébrations de la capacité de l’être humain à le dépasser grâce à l’art.

Priceless, de Hank Willis Thomas

En sortant de l’exposition, vous pourrez continuer à questionner le chaos autour d’un café chez Musette Caffe ou autour d’un diner chez Sai Woo.

Carnet d’adresses

Rennie Collection
51 East Pender street (Chinatown) Vancouver
Site web
L’exposition Chaos est présentée jusqu’au 23 avril 2016. Les visites sont gratuites mais nécessitent une réservation.

Musette Caffee
75 East Pender street (Chinatown) Vancouver
Site web

Sai Woo
158 East Pender street (Chinatown) Vancouver
Site web

© photo principale et photos de l'article : Alexandra Nicolas