Toronto en mode hipster

De passage à Toronto, la capitale économique du Canada et de l’Ontario réunis, nous nous sommes d’abord attachés à refaire le tour de certains classiques mais, un peu par hasard, nous avons découvert un quartier très attachant.

Leslieville, aux origines

D’un naturel curieux comme vous devez le savoir, nous avons traversé le Don (qui n’a rien à voir avec le fleuve russe mais doit son nom à une rivière anglaise), pour être accueillis par des panneaux verts et blancs nous annonçant que nous arrivons à Leslieville. Nous allons passer une bonne partie de la journée à nous balader dans ce quartier centré sur Greenwood Park, un grand parc municipal avec piscine (ou patinoire) dont l’entrée ne coûte que quelques dollars. Nous circulerons de part et d’autre du parc sur Dundas East, Queen East et Gerrard, ses axes principaux, reliant Carlaw et Coxwell Avenues, qui, perpendiculaires à la côte du Lac Ontario, délimitent le quartier à l’est et à l’ouest.
Il suffit de passer le pont comme le chantait Georges Brassens pour se retrouver dans une ambiance de quartier, de village même. On a du mal à croire que Leslieville est une annexe de l’énorme métropole qu’est Toronto. Nous apprenons vite que les habitants du Leslieville originel fondé au milieu du XIXe siècle étaient des employés des briqueteries ou des tanneries locales cultivant leur petit jardin.


Après l’arrêt de ses activités industrielles et le départ des ouvriers, débarrassé de la pollution, le quartier a commencé à se gentryfier comme on dit ici, attirant les jeunes actifs trentenaires séduits par un immobilier plutôt bon marché à l’orée des années 2000 et une atmosphère qui nous a rappelé les Brooklyn ou Tribeca d’il y a quelques années.

Balades dans Leslieville

Lofts et pavillons

Les anciens quartiers ouvriers de Leslieville, avec leurs alignements de petits pavillons reproduits à l’identique bordant les rues, rappellent instantanément les villages anglais. La plupart son joliment rénovés, partagés entre plusieurs locataires. En discutant avec les locaux, nous apprendrons que le sous-sol à moitié enterré, moins cher est particulièrement recherché.
De même les anciens établissements industriels, désaffectés depuis belle lurette, ont été transformés en lofts qui font, outre la satisfaction de leurs habitants, le bonheur des revues de décoration et de design notamment au nord de Carlaw Street.


Mais il reste encore des friches qui n’ont pas encore convaincu les promoteurs. Certaines près des bassins du port, un décor rappelant un autre East End, celui de Londres avant la rénovation, ont été recyclées en studios de cinéma comme Showline ou Pinewood (Cosmopolis de David Cronenberg, les remakes de Total Recall, Carrie ou Robocop), le Canada étant souvent choisi par les productions hollywoodiennes.
Nous constatons que le village a l’air surtout fréquenté par des familles de la classe moyenne qui ne peuvent pas payer les prix du quartier des plages immédiatement à l’est. La quantité de poussettes attendant de traverser à chaque angle de rue est un signe qui ne trompe pas.

Boutiques et cafés

Leslieville n’est pas qu’un village résidentiel et un dortoir. Nous tombons régulièrement sur des fresques murales témoignant de la verve des artistes du coin, des boutiques proposant des antiquités ou des fringues vintage, des petits supermarchés bios, des épiceries de tout et rien, et des bistrots sympas. Dans un café, on entendra même des chansons en français !

Fleurs, érables et couronnes

C’est à Leslieville qu’Alexander Muir, alors directeur de l’école communale, composa Maple Leaf Forever en 1867, l’année même de la fondation de la Confédération. Ce fut d’ailleurs longtemps l’hymne non officiel du Canada.
La légende veut qu’il ait été inspiré par une chute de feuilles d’érable s’accrochant à son manteau. L’arbre providentiel est malheureusement tombé lors d’une tempête en 2013. Il est, depuis, question d’en replanter un autre… On peut aller voir ce qu’il en reste en lisière de Maple Leaf Forever Park un peu au sud de Queen Street où l’on remarquera le mignon Maple Leaf Cottage, un bel exemple de cottage ouvrier utilisé pour des expositions qui date de 1873.


En bouclant la visite sur Gerrard Street, nous nous arrêtons au Pape Avenue Cemetery, qui ouvert en 1849, fut le premier cimetière juif de Toronto. Faute de place, on n’y enterre plus personne.
Nous avons bien aimé notre balade à Leslieville, un vrai village un peu écolo, un peu bobo, un peu branché mais sans ostentation au cœur de la grande ville. On y a fait de belles rencontres (comme nous l’a dit un boulanger étonné de nous voir, “l’attraction numéro un de Leslieville, ce sont ses habitants”), et ce fut une vraie découverte, loin des grandes attractions touristiques, que nous avons pu savourer en prenant tout notre temps.

Mes adresses à Leslieville
Farmer’s Market, Jonathan Ashbridge Park
Marché aux puces, Ashbridge Estate, 1444 Queen Street East
SH Armstrong Community Centre, 56 Woodfield Road
Fermenting Cellar, 28 Distillery Lane dans le Distillery District
RESTOS ET BISTROTS
Lady Marmelade (l’ancien Pulp Kitchen), pour son petit déjeuner,
898 Queen Street East
Cheese Market, pour ses fromages locaux inconnus chez nous,
891 Queen Street East
Majesteas, pour ses brownies et cookies sans gluten,
950 Queen Street East
Glass Wine Bar, pour ses plats raffinés et ses tartines sophistiquées,
1118 Queen Street East
Brooklyn Tavern, pour son poulet rôti,
1097 Queen Street East
BOUTIQUES ET GALERIES
Gadabout, pour son fourbi de vêtements et d’accessoires,
1300 Queen Street East
Pied-à-terre, pour ses objets décoratifs anciens et son propriétaire,
1114 Queen Street East
House of Vintage, pour sa collection incroyable de fringues des années 1920 aux années 1980,
1239 Queen Street East
Project Gallery, pour son cadre lumineux valorisant les œuvres exposées,
1109 Queen Street East
© photo principale : Ontario Tourism Marketing Partnership Corporation (OTMPC) © photos article de haut en bas : Ontario Tourism Marketing Partnership Corporation (OTMPC)