La route des Glaciers – 2

Longue de 230 kilomètres la route des Glaciers (en anglais, Icefields Parkway) traverse les parcs nationaux de Banff et de Jasper. Au rythme de ses courbes et en prenant garde aux autres usagers et aux animaux, on savoure ce joyau du Canada, de Banff à Field via Lake Louise. Après Lake Louise et le lac Moraine, notre itinéraire se poursuit de lacs en parcs nationaux.

À fond de train

Peu après Lake Louise, on oblique vers l’ouest en empruntant la Transcanadienne qui monte gentiment vers le col Kicking Horse (1625 m) sur la ligne de partage des eaux. On s’arrête comme de vulgaires ruminants pour observer depuis le belvédère aménagé, le tour de passe-passe effectué par les convois de chemin de fer escaladant ou dévalant le col Kicking Horse, un peu au nord de la route.

Les raisons politiques prévalurent au passage de la voie ferrée dans ce décor jugé impossible et coûteux par les ingénieurs qui réussirent néanmoins un véritable tour de force, en faisant avaler aux trains des pentes de 4,5%, le maximum à l’époque.

Après plusieurs accidents (les restes rouillés d’une locomotive étaient encore visibles près du principal camping lors de notre passage), on décida en 1909, pour adoucir la pente, de creuser deux tunnels avec une voie dessinant un 8 en partie sous terre. Ces Spiral Tunnels font 8 à 900 mètres de long, un exploit à l’époque. Leurs orifices depuis notre point de vue sont plus facilement visibles quand la tête du train en émerge alors que la queue ne l’a pas encore pénétré, chacun de ces lourds convois faisant penser à un ver de terre métallique géant, la sirène et le couinement plaintif des freins en prime.

Le site de Big Hill, où la ligne dégringole de 330 mètres en 6 km depuis Wapta Lake jusqu’à l’est de Field est encore plus pentu. Il paraît que Lady Agnes MacDonald, l’épouse du Premier Ministre canadien, le descendit perchée sur le chasse-buffle de la locomotive lors du voyage inaugural en 1886. Aimant certainement les sensations fortes, elle fit plus de 1000 km ainsi juchée, monsieur se contentant lui de 40… À la montée, 4 locomotives s’époumonaient à tirer 15 wagons en une heure d’ascension, ce qui occasionnait de fréquentes et meurtrières explosions de chaudière…

Savez-vous jouer du Yoho ?

Randonnée au lac O'Hara, dans le parc national Yoho
Randonnée au lac O'Hara, dans le parc national Yoho

Le col marque l’entrée en Colombie-Britannique et dans le parc national Yoho. Le nom du parc, occupant 1310 km2 , vient du Cree, Yoho étant une exclamation pour marquer son étonnement. Comme quoi Tarzan n’a rien inventé !

Il faut dire que devant l’incroyable collection de lacs, montagnes, forêts et cascades, il y a plutôt de quoi rester bouche bée. Au pied du col, on va jusqu’au bout de la route de la vallée du Yoho (5 km avant Field).

Un sentier bucolique mène jusqu’aux tonitruantes et spectaculaires chutes Takkakaw. Alimentée par un glacier, la chute dévale une paroi de près de 400 mètres. La vue, le tonnerre assourdissant, et le vaporisateur XXL, tout est superbe et nous laisse estomaqués ! D’ailleurs en Cree, takkakaw signifie "c’est merveilleux". Sachez enfin qu'on aperçoit les chutes dans Le Dernier Cheyenne, un film de 1995 avec Tom Berenger.

Aujourd’hui, la vallée du Yoho et le lac Emerald sont facilement accessibles d’où une fréquentation estivale assez importante. Mais autrefois, elles servaient de refuges aux bandes Crees quand les hommes allaient chasser le bison dans les hautes plaines de l’Alberta. On comprend que le site ait pu inspirer une telle histoire de tribu oubliée jusqu’au cœur du XXe siècle…

Un autre joyau de taille

Lac Emerald
Lac Emerald

De retour sur la Transcanadienne, nous contournons le mont Burgess en suivant la rivière Kicking Horse. Deux kilomètres à l’ouest de Field, nous passons un pont naturel foré par la rivière pour découvrir au bout de huit kilomètres le lac Emerald, un joyau qui porte parfaitement son nom.

Le lac fut "découvert" par Tom Wilson, employé de la Canadian Pacific également "découvreur" du lac Louise, entendez qu'il fut le premier homme blanc à atteindre les lieux. L’endroit, ravissant miroir des sommets et forêts alentour, est absolument parfait pour un pique-nique et c’est aussi le point de départ de nombreuses randonnées.

L’Emerald Lake Lodge, niché au pied de la pente occidentale de la montagne, jouit d’une situation assez extraordinaire dans la forêt en bord de lac. Avec ses chalets à l’ombre, sa salle principale et sa cheminée, c’est forcément là qu’il faut loger (ou camper) quand on a un peu de budget mais à condition de réserver tôt.

Des randonnées pas données

Si vous aimez la balade en montagne, on vous recommande l’excursion au lac O'Hara (3,2 km à l’ouest du Continental Divide), une enclave encore assez secrète perdue au milieu des Rocheuses canadiennes.

Le lac est encadré par les monts Lefroy (3 423 m) et Victoria (3 464 m) dont les versants est dominent le lac Louise. Mais leur accès n'est pas facile puisque la route est interdite aux voitures et aux vélos. C'est à pied qu'il vous faudra couvrir les 13 km restant, une fois atteint le parking. Mais quelle récompense !

Il y a tout de même un bus suivant la Cataract Brook Trail (12,9 km), mais avec un accès prioritaire à ceux qui ont réservé le camping ou le lodge en bord de lac. Encore un site assez merveilleux. Renseignez-vous car les fréquences sont limitées… ! Pour bons marcheurs exclusivement compte tenu de la distance et de l’altitude, le lac se trouvant à 2 115 m.

Un champ de fossiles

La rivière Kicking Horse, dans le parc national Yoho
La rivière Kicking Horse, dans le parc national Yoho

En dehors de la nature exacerbée qui nous occupe beaucoup, nous passons aussi dans le secteur pour les curiosités préhistoriques de Burgess Shale, des lits de fossile d’une richesse inouïe inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Datés d’au moins 500 millions d’années, ces schistes de Burgess rappellent que Field était à l’époque au fond de l’océan… Sur les pentes supérieures du mont Field, différentes strates de roche sédimentaire renferment plus de 120 types de créatures marines particulièrement bien fossilisées et vues dans seulement deux autres sites ailleurs dans le monde.

Des marches plutôt fatiguantes d’une durée de 7 ou 10 heures, limitées à 12-15 personnes et accompagnées par des guides qualifiés, peuvent s’effectuer à la Carrière Walcott (du nom du paléontologue qui découvrit en 1909 l’ampleur des strates de fossiles). Bien sûr on ne peut rien ramasser ! Exceptionnel, si on a le temps et qu’on est passionné par le cambrien.

Et Yo-ho-ho, une bouteille de rhum

Au pied des 3 199 mètres du mont Stephen, Field n’est qu’un village bon pour une petite halte au cœur des grands parcs des Rocheuses qu’on est bien content de trouver après tous ces efforts épuisants...

Quelques baraques en rondins dans un amphithéâtre de falaises lui donne un look de village pionnier qui n’a pas dû beaucoup évoluer depuis l’installation du camp de cheminots construisant le Canadian Pacific en 1884.

On lui a donné le nom du bienfaiteur du premier câble transatlantique, passant par là en 1886, Cyrus Field. Le train amenant les premiers touristes, un classique de l’histoire nord-américaine, on se dépêcha de protéger la région, ce qui fit de Yoho le second parc national canadien en 1911.

Plus aucun service de passagers ne dessert Field aujourd’hui. On se console vite en dînant à Truffle Pigs où nous rencontrons les proprios, l’un ex-anthropologiste et l’autre spécialiste du café, très sympas et prêts à nous faire partager leur amour de Yoho autour d’une bière ou deux.

© photo principale : chrisgandy / Fotolia © autres photos : H.G. Pfaff / Destination British Columbia ; Augustin Vuillard ; JF Bergeron / Destination British Columbia
  • Ces endroits sont vraiment très beaux et donnent envie de partir pour un road trip au Canada, mais pas en hiver ! ^^