La route des champs de glace

La route américaine n’est pas constituée seulement de gigantesques lignes droites traversant le continent, d’Interstates balisées ou de routes historiques remises au goût du jour par le tourisme. Le réseau secondaire regorge de parcours spectaculaires, tracés dans des décors impressionnants ou chargé d’histoire. La route des champs de glace, longue de 230 km, ouvre sur 30 glaciers, dont certains bordés d'extraordinaires champs de glace.

On the road

On manque de superlatifs pour la route des champs de glace, parallèle à la ligne de crête qui est aussi celle d’une triple ligne de partage des eaux entre Arctique, Pacifique et Atlantique par l’intermédiaire de la baie d’Hudson. Elle accumule les pics étincelants, les glaciers, les lacs émeraude ou turquoise et les cascades sans oublier les millions d’arbres abritant la faune locale.

Pendant son séjour au Canada, on y fait d’ailleurs très attention, car on va vite constater que celle-ci s’aventure régulièrement à proximité de la route. Il va nous arriver fréquemment de croiser wapitis, chèvres ou mouflons en goguette. On résiste à la tentation de prendre la photo idéale en sortant de la voiture car ces bestioles sont imprévisibles. En outre, un autre animal peut toujours surgir à l’improviste, un ours par exemple et là, c’est une autre histoire.

Le lac Peyto est alimenté par le glacier du même nom.

Lacs et glaciers à volonté

En tournant la tête vers le sud-ouest, le glacier Crowfoot, à qui il manque désormais une patte, disparue avec la récession des glaces se découvre. Juste après, la route contourne le lac Bow alimenté par le glacier du même nom. Attiré par son toit rouge au ras des arbres, nous prenons un café au Simpson’s Num-Ti-Jah Lodge, construit en 1937 par un excentrique anglais devenu trappeur. La vue sur la serre du Crowfoot valait bien le petit crochet.

On passe le col Bow, le point culminant de la route des glaciers avec ses 2 069 m. Juste après, un petit sentier mène au point de vue sur le lac Peyto en contrebas. Alimenté par son glacier en arrière-plan à gauche, son profil évoquant un renard ou une fouine, éclate d’un bleu ciel immaculé. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, son nom n’est pas d’origine indienne mais, c’est celui de Bill Peyto, l'un des premiers gardes du parc national de Banff.

Continuant la route, nous accédons par un petit sentier au canyon étroit et tortueux de la Mistaya ("beaucoup de vent" en langue indienne), sculpté dans la roche calcaire par la rivière du même nom. Puis on débouche sur la vallée de la Saskatchewan qui s’écoule vers l’est.

Après un longue ligne plutôt droite, la route s’incurve en s’élevant brutalement au-dessus de la vallée jusqu’au col Sunwapta (2 035 m). Nous pénétrons dans le parc national Jasper pour nous retrouver au cœur de la calotte glaciaire la plus imposante du continent alimentant la Columbia, la Saskatchewan et l’Athabasca.

Le lac Bow, joyau du parc national de Banff

On the rocks

Au Columbia Icefield Glacier Discovery Centre, la promenade sur les glaciers est très organisée. Longue de 5 km, elle est prévue pour durer 80 minutes. Nous grimpons à bord d’imposants véhicules juchés sur des pneus adaptés à la glace. Le bus est plein avec ses 56 passagers et le chauffeur-guide. Nous voilà partis sur le glacier Athabasca long de 6 km et large de 1 km. Après une bonne montée, nous roulons maintenant à même la glace. C’est maintenant que ça devient le plus impressionnant et spectaculaire.

Le bus s’arrête et tout le monde descend ! Nous sommes cernés de toute part ou presque par de hautes montagnes dont les sommets éclatent de la blancheur des glaciers tandis qu’à nos pieds, des rigoles d’eau s’écoulent dans les replis bleutés d’une glace vieille de peut-être 200 ans…

On se dit qu’avec un tel engouement populaire, nous devons contribuer à l’accélération du réchauffement climatique. D’ailleurs les prévisions les plus pessimistes estiment que le glacier aura disparu d’ici une génération... Comme si cela ne suffisait pas, Brewster, la société gestionnaire des opérations, vient d’ajouter en 2014 une nouvelle attraction, le Glacier Skywalk. Il faut prendre la navette depuis le Icefield Center pour aller marcher sur un balcon transparent perché au-dessus de la vallée de la Sunwapta…

Le champ de glace Columbia est un vestige de l'épaisse masse de glace qui recouvrait autrefois les montagnes de l'Ouest canadien.

Chutes !

Nous partons nous ressourcer 50 km plus loin devant les chutes Sunwapta. Sur fond de pics acérés, la Sunwapta, un affluent de l’Athabasca, se divise autour d’un minuscule îlot arboré avant de dégringoler d’une petite vingtaine de mètres, formant les Upper Falls. La rivière continue de cascader à gros bouillons dans un étroit et profond goulet encombré par des troncs d’arbres morts. Le débit semble assez phénoménal, tout comme le bruit d’ailleurs. Ce sont les Lower Falls. On enchaîne un peu plus loin avec les chutes Athabasca, un peu plus hautes et peut-être encore plus furieusement écumantes.

Vue imprenable

À l’ouest, au hasard des virages, on aperçoit la masse aux striures immédiatement reconnaissables du mont Edith Cavell (3 363 m). Nous ne sommes plus très loin de Jasper. Nous décidons d’admirer la station depuis le surplomb du mont Whistlers (2m470 m), accessible par téléphérique. Une fois débarqués, nous entreprenons l’ascension au sommet proprement dit par une petite marche de 25 minutes, accompagnés par le sifflement des marmottes qui ont valu son nom au sommet.

La vue à 360° est vraiment sublime. À l’ouest, on aperçoit la silhouette pyramidale du mont Robson (3954 m), au sud, les monts Edith Cavell et Kerskelin, au sud-est la Endless Chain Ridge. Jasper s’étage juste 1 200 mètres en contrebas nichée dans les méandres de l’Athabasca.

Mes adresses sur la route des champs de glace
Simpson’s Num-Ti-Jah Lodge, Icefields Parkway, Lake Louise, Tél. : 403 522-2167
Columbia Icefield Glacier Discovery Centre, 100 Juniper Street Highway 93, Icefields Parkway, Jasper, Tél. : 877-423-7433
© photo principale : Eddygaleotti / fotolia.com © photos articles de haut en bas : Onepony / fotolia.com ; Patrick Le Floc'h ; Alberta tourism ; Alberta tourism