Quelques jours à Jasper – 1

Jasper est à la fois la "capitale" du parc national qui porte son nom – le plus vaste des 7 parcs des Rocheuses canadiennes avec plus de 20 000 km² –, et la porte d’entrée nord de la Route des Glaciers, l’une des plus belles routes d’Amérique du Nord.

Cette petite station compte 4 500 habitants hors saison, et attire une population sportive et festive à la fois. Son environnement naturel exceptionnel, qui a valu au parc national d’être inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1984 mérite largement qu’on lui consacre quelques jours.

Prenez Jasper de haut

C’est du haut du mont Whistlers, 7 km au sud de la localité, que l’on apprécie la majesté du site. On y accède avec le Sky Tram, une montée en téléphérique d’à peine huit minutes suivie d’une bonne vingtaine de minutes d’ascension dans un décor de toundra arctique, accompagnés par le sifflement moqueur de furtives marmottes qui a donné son nom à la montagne (en anglais, whistler signifie "sifflet").

Au sommet, nous avons droit à un 360° à tomber, avec à l’ouest, la sentinelle caractéristique du mont Robson, le plus haut sommet des Rocheuses canadiennes (3954 m), et à l’est, la bien nommée Endless Chain Ridge. Jasper, nichée dans les méandres de l’Athabasca 1 200 mètres en contrebas, se trouve transformée en un village lilliputien compte tenu de la distance.

C’est le seul point de vue qui permet de voir la constellation de lacs secondaires saupoudrés dans des replis de terrain et bloqués par des moraines glaciaires, comme les populaires lacs Patricia et Pyramid où l’on peut pratiquer toutes sortes de sports nautiques. On aperçoit d’ailleurs de minuscules voiliers ou véliplanchistes faire des ronds dans l’eau, sans doute bien fraîche…

Quand on arrive en ville

Petite détour par la gare

Si la création du parc date de 1907, le village n’a été fondé qu’en 1911. Il s’étire à la confluence de la Miette et de l’Athabasca.

La gare voit parfois passer les convois de Via Rail ou le Rocky Mountaineer, un train touristique de luxe entretenant la tradition du tourisme ferroviaire. En amateur de train, on admire un moment la locomotive 6015. Cette superbe machine à vapeur racée, dégageant une extraordinaire impression de puissance, est l’un des 16 exemplaires du modèle Mountain contruits par la Canadian Locomotive Company de Kingston en Ontario en 1923. Mise en service par Canadian National avant d’être remplacée par des diesels dans les années cinquante, elle tractait autrefois l’équivalent canadien de l’Orient Express à 160 km/h engloutissant 17 tonnes de charbon pour traverser les Rocheuses.

Que voir dans le centre de Jasper

Le centre reste imprégné d’un petit cachet western avec encore pas mal de bâtiments anciens abritant galeries, boutiques et bistroquets ayant souvent conservé leurs façades en bois comme le Jasper Pool Hall. En 1915, les frères Otto y tenaient salon de billard, de danse et coiffure à la fois…

On trouve aussi de belles structures utilisant la pierre et le bois de la région comme le très bien placé Jasper Information Centre. Ouvert en 1914, son architecture à l’élégance rustique a inspiré les architectes et promoteurs qui ont dans l’ensemble plutôt bien respecté le site au fil du temps. En plus, les employés sont très sympas et donnent des infos utiles ! On s’aperçoit que la majorité des buildings rétro date surtout de l’entre-deux-guerres, période où le tourisme s’est développé. D’ailleurs l’Athabasca Hotel, au bar assez atmosphérique, ne nous détrompe pas, il date de 1928.

On se laisse tenter ensuite par le joli petit Jasper Yellowhead Museum and Archives nous tendant les bras. Ses expos consacrées à l’histoire locale, naturelle et humaine, sont assez touchantes par leur simplicité et leur modestie. L’Historical Gallery raconte l’époque des fourrures, les premiers découvreurs, l’arrivée du chemin de fer et les débuts du tourisme. On y voit un piolet appartenant à l’équipe japonaise qui, la première, gravit en 1925 le mont Alberta, des balles du fusil de David Thompson découvertes au col Athabasca et le canoë de Curly Phillips, l’un des premiers pionniers et explorateur du parc.

Sortie en raft sur l'Athabasca

Histoire d’eau

Nous nous trouvons dans l’une des grandes Mecque de la vie au grand air et sommes bien décidés à nous bouger. Pour cela, nous choisissons une sortie en raft sur l’Athabasca !

On part du centre-ville dans l’habituel et bringuebalant school bus jaune pour une balade d’environ trois heures au total.

Les nombreux cours d’eau qui arrosent la vallée font du rafting l’une des activités les plus prisées. Nous avons sans doute choisi la balade la plus relax. Les descentes de la Sunwapta voisine ou du Frazer, un peu plus loin au pied du mont Robson, occasionnent certainement des montées d’adrénaline plus violentes pour ceux qui veulent vraiment s’éclater, même en kayak.

L’Atha-B comme les locaux la surnomment est, à cet endroit là en tout cas, plutôt tranquille. Après les consignes de sécurité assez basiques, nous embarquons sur nos radeaux acceptant six pagayeurs seulement. On aura donc tout le temps d’admirer et de photographier sans appréhension les paysages, assez somptueux. La rivière décrit quantités de méandres, multipliant ainsi les angles et les points de vue sur les contreforts d’herbe jaune précédant une assez exceptionnelle enfilade de sommets proches ou lointains. De temps à autre, un court rapide de Classes II et III, donne une ponctuation pimentée autant qu’éclaboussée à un passage plus sportif que l’on franchit sans encombre, stimulés par notre guide. La balade se termine tout près de Jasper.

Après l'effort, le réconfort

Après un apéritif dégustation à la Jasper Brewing Company où la production est baptisée de références locales comme la Dark Sky Cascadian dark ale, l’appétit creusé par l’effort et l’altitude, on trouve une table au De’d Dog Bar & Grill, un pub niché sous les pignons aigus de l’Astoria Hotel. On y rencontre d’autres adeptes des aventures en eau vive avec qui nous échangerons nos impressions jusqu’à une heure avancée malgré les efforts appuyés d’un groupe de rock pour nous rendre sourds…

Excursion au lac Maligne

Se rendre au lac Maligne

Le lendemain est réservé pour la balade indispensable au lac Maligne qui si l’on en croit tous les guides, vaut le voyage au cœur des Rocheuses à lui tout seul.

Un peu au nord de Jasper, on traverse l’Athabasca. Aussitôt, la route pénètre un canyon assez spectaculaire creusé dans le calcaire par la rivière qui doit son nom au père P.J. de Smet, célèbre missionnaire et explorateur belge (il n’y a rien d’incompatible…) d’une bonne partie de l’Amérique. Vieux de 11 000 ans, il est très en forme pour son âge (le canyon pas le missionnaire !) avec la rivière qui dégringole dans un grondement impressionnant au fond de la gorge parfois profonde de 55 mètres et aux bords parfois tellement proches que l’on ne voit plus d’eau du tout. Heureusement, de temps à autre, des passerelles aménagées le long d’un sentier offrent des points de vue superbes sur plusieurs cascades, dont la plus haute atteint les 23 mètres, ou d’étranges sculptures formées par l’érosion.

La route longe ensuite le lac Medecine, encore en eau à cette époque de l’année. En effet à l’automne, le lac disparaît dans les profondeurs, alimentant ainsi la Maligne et laissant apparaître son fond vaseux, un phénomène redouté des Assiniboines qui craignaient une "mauvaise médecine"…

La route se termine en cul-de-sac au lac Maligne après une petite cinquantaine de kilomètres. Pour apprécier complètement ce décor de carte postale avec les sommets environnants et le ballet des bateaux d’excursions et autres esquifs sillonnant les eaux du lac, la meilleure solution est de s’offrir l’incontournable excursion en bateau, réservée la veille.

Une croisière pleine d’esprit

En attendant le départ, nous faisons le tour du pittoresque hangar à bateau construit en 1928 par Donald "Curly" Phillips, l’un des premiers guides de la région. C’est tout ce qui reste du camp de base du fier "Mountainman”, l’une des plus vieilles bâtisses de l’Alberta dont le caractéristique toit rouge marqué de grandes lettres blanches offre un premier plan incongru au resplendissant décor montagnard.

On y trouve des canoës et des kayaks à louer si l’on veut faire des ronds dans l’eau. Mais Il est l’heure de monter à bord de notre petite vedette immaculée. La balade sur ce lac glaciaire aux eaux passant du bleu cobalt au vert émeraude et où se reflètent les sommets environnants va s’avérer être un travelling assez magique. Son point d’orgue est le ravissant îlot de Spirit Island 14 km plus au sud. Considéré par les Assiniboines comme le foyer des esprits voyageurs, avec son bouquet de sapins enchâssé au milieu de toute une série de sommets dépassant les 3300 mètres et offrant des à-pics de plus de 1500 mètres, on comprend pourquoi il s’agit du site des Rocheuses canadiennes par excellence. On en regrette d’autant plus les commentaires en anglais un peu envahissants tout au long de la croisière. Heureusement, on a le temps d’être distrait par les chèvres des montagnes accrochées à flanc de rochers.

Tea Time !

Au retour, on prend le thé au Maligne Lake Chalet. Construit tout en bois en 1927 sur une petite éminence, il offre une vue imprenable sur le lac en enfilade. Le rituel du thé est une tradition bien ancrée dans le paysage quand les premiers touristes, descendus de leur excursion à cheval, venaient s’y dégourdir les jambes et le palais puis loger dans les baraques typiques du Fred Brewster's Rocky Mountain Camp, le concessionnaire du parc dont subsistent encore quelques cabanes qui en faisant autrefois l’hébergement le plus luxueux du parc après le Jasper Park Lodge.

Mes adresses à Jasper
Jasper Information Centre, Connaught Dr, Tél. : 780 852-6236
Jasper Yellowhead Museum and Archives, 400 Bonhomme St.
(across from the Jasper Aquatic Centre), Tél. : 780 852-3013
Jasper Brewing Company, 624 Connaught Drive, Tél. : 780 852-4111
De’d Dog Bar & Grill, 404 Connaught Drive, Tél. : 780 852-3351
© photo principale : Patrick Le Floc'h © autres photos : Rocky Mountaineer ; Alberta Tourism ; Jonview