On dirait la Beauce

Après avoir découvert les secrets des Cantons de l’Est, devant rejoindre Québec, nous partons de Sherbrooke vers Saint-Georges-de-Beauce, une région qui plaît forcément aux rats de champs que nous sommes.

Un parc national plutôt hors des hordes

Nous remontons vers le nord en direction du lac Saint-François, le troisième plus grand lac au sud du Saint-Laurent. À sa périphérie, à mi-chemin de Sherbrooke et Québec, et sous un ciel radieux, nous entrons dans le parc national de Frontenac, refuge de nombreuses espèces animales.

Plus de 200 espèces d'oiseaux, dont le pygargue à tête blanche, cohabitent avec plus de 30 espèces de mammifères. Ça serait bien le diable de ne pas apercevoir quelques bestioles. Les collines couvertes de feuillus sont le royaume du cerf de Virginie. La mosaïque de lacs, d'étangs et de tourbières accueille loutres et canards déambulant sous le regard de l’omniprésent grand héron.

Surmonté de deux tours d'observation, le secteur de la tourbière, accessible par des pontons en bois, héberge plusieurs espèces de plantes carnivores et de magnifiques orchidées. De notre poste de guet, nous voyons une petite bande de cervidés en maraude en lisière d’un étang.

Nous n’aurons pas le temps de pratiquer les nombreuses activités proposées mais nous avons le temps de voir des tentes Huttopia parmi les divers sites de campings à disposition.

Thetford Mines et sa région

Nous rejoignons ensuite le pays des Mines et des Lacs. Entre les villages et paysages miniers et la douce tranquillité des lacs et forêts, le contraste est assez étonnant. La capitale régionale est Thetford Mines. Curieux que cette capitale de l’amiante, le premier "or blanc" découvert ici en 1876, et qui fut le théâtre d’une très dure grève de mineurs en 1949, porte un nom si typiquement british (venu d’une ville du Norfolk anglais) au cœur de la province francophone par excellence…

Le magasin général de Thetford Mines

Le brassage de multiples nationalités venues travailler aux mines, souvent d’obédience britannique, est peut-être une explication. Pour preuve encore, le magasin général historique, dans un vieil édifice de la rue du Lac-Noir, la plus ancienne rue du quartier de Black Lake, un ancien village aujourd’hui intégré dans l’agglomération de Thetford Mines, s’appelle O’Brien, un patronyme qui n’a rien de français…

Ouvert en 1909 dans une bâtisse de 1882 par John O’Brien, ce magasin évoque le temps où le magasin général était le lieu de rencontre principal des villages. Dérivés des comptoirs introduits par les compagnies de fourrure, on y vendait de tout mais on y venait aussi pour échanger les nouvelles, parler de la pluie et du beau temps, sa vocation sociale étant aussi importante que sa fonction commerciale.

Marchandises, meubles et objets d'époque, photographies anciennes, artisanat local, expositions historiques thématiques, rien ne semble avoir changé depuis son ouverture et, comme le dit si bien la formule, le temps s’y est arrêté, depuis qu’il a été racheté par la ville et la Société du patrimoine locale le préservant pour les générations à venir.

Le pays des Mines et des Lacs

Pour se rendre compte de l’impact de l’exploitation minière sur la région, on peut choisir d’escalader des tours d’observation pour mieux voir les anciens terrils et les cratères à ciel ouvert.

Le Belvédère de Thetford Sud, sur le chemin Provencher, permet d’apprécier l’ensemble de la vallée.

Le Belvédère du Vieux Black Lake, accessible gratuitement, se trouve en face du magasin général O'Brien. Il offre un point de vue exceptionnel sur le puits ouvert en 1908, transformé en lac, ainsi que sur les infrastructures de la mine British-Canadian, la BC comme on l'appelle sans doute avec un brin d’ironie (BC, avant Jésus-Christ en anglais…). La mine a finit par fermer en 1997. Les mordus de Germinal iront se documenter au Musée minéralogique et minier.

Tracer son sillon en pleine Beauce

Nous zigzaguons dans la Beauce à la toponymie franco-anglaise. Dans cette région bien champêtre comme son nom l’indique, l’agriculture est concurrencée par les érables. C’est la région du Québec qui offre la plus grande concentration de cabanes à sucre, autour desquelles les Beaucerons festoient au printemps lorsque la sève coule des arbres. Lors de nos rencontres nous constatons que les locaux ont un sens de l’hospitalité bien à eux. Il est loin le temps où les citadins se moquaient des "Jarrets noirs" qui arrivaient tout crottés de leurs terres boueuses pour venir vendre leurs produits sur les marchés de Québec.

C’est l’histoire locale qui a inspiré le romancier québécois André Mathieu pour écrire La Saga des Grégoire, une somme de 7 volumes de 528 pages chacun couvrant la période 1845-1995, qui a touché énormément les Québécois.

Après un petit crochet à Saint-Evariste de Forsyth pour admirer une superbe demeure victorienne, une ancienne cure de 1906, nous stoppons à la Maison Rouge, le magasin général d’Honoré Grégoire hébergé dans une bâtisse construite vers 1870, à Saint-Honoré-de-Shenley, entre La Guadeloupe et Saint-Martin (vous ne rêvez pas, les gens du coin étaient peut-être passés par les Antilles !)

Villes et villages de la Beauce

Nous rejoignons la vallée de la Chaudière à Saint-Georges, à cheval sur la rivière. Fondée en 1835, c’est une ancienne cité manufacturière du XIXe siècle à l’église 1900 assez remarquable avec ses trois flèches de façade dont la plus grande s’élève à 75 mètres. Après un stop au Café Création, témoignant de la vitalité artistique locale et au Musée de l'entrepreneurship beauceron (encore un bien curieux nom au pays du bilinguisme), nous suivons la rivière par la route du Président-Kennedy qui nous mène à un nouveau pont couvert.

Enjambant la Chaudière, il est, avec ses 154 mètres, le plus long de la Belle Province. Il a été reconstruit en 1929 après que les glaces aient emporté le précédent. Il est aujourd’hui fermé à la circulation. C’est un bon site de pique-nique tout comme le Parc des Rapides du Diable, hachant le lit de la rivière, juste au sud de Beauceville, théâtre d’une ruée vers l’or en 1846, deux ans avant celle de Californie.

Nous allons dormir à Saint-Joseph-de-Beauce dont le site souvent inondé par les crues a valu à de nombreux bâtiments institutionnels, palais de justice, église, collège, orphelinat, couvent d’être construits sur le coteau. Le couvent héberge un musée d’histoire régionale et d’art et traditions populaires mais c’est le presbytère, décidément, que nous avons préféré avec ses faux airs de maison hantée qui n’aurait pas démérité dans un film d’horreur. L’ensemble est bien sûr classé site historique. Avec ses multiples maisons anciennes témoignant de sa splendeur passée, le bourg est bien conservé et c’est une halte agréable et aérée.

Demain matin, nous n’aurons besoin que d’une trentaine de minutes pour rallier Québec et le Saint-Laurent.

Mes adresses dans la Beauce
Magasin général O'Brien, 4233 rue du Lac-Noir, Thetford Mines, Tél. : 423-3531 ou 332-2103
Musée minéralogique et minier, 711 bd Frontenac Ouest, Thetford Mines, Tél. : 418 335-2123
La Maison Rouge, 359 rue Principale, Saint-Honoré-De-Shenley, Tél. : 418-485-6395 ou 418-485-6110
Café Création, 11325 1e avenue, Saint-Georges-de-Beauce, QC G5Y 2E1
Musée de l'entrepreneurship beauceron, 250 18e rue, Saint-Georges, Tél. : 418 227-6176 ou 418 226-2238
Musée Marius-Barbeau, 139 rue Sainte-Christine, Saint-Joseph-de-Beauce, Tél. : 418 397-4039
© photo principale : Bouchard Claude / Québec Original © autres photos : Jean-François Bergeron / Enviro Foto Québec Original ; Tourisme Chaudière-Appalaches ; Tourisme Chaudière-Appalaches ; Dupuis Mathieu / Québec Original ; Tourisme Chaudière-Appalaches