Le marché Jean-Talon

Les marchés de Montréal ressemblent plutôt à de grandes halles maraîchères, même si les petits marchés de quartier proposant une production locale variée tendent à se développer. Malgré les longs hivers rigoureux, ces grands centres maraîchers demeurent ouverts toute l’année, et se rétractent un peu l’hiver dans leur coquille de béton.

Jean-Talon au nord, Atwater et Lachine (le plus ancien) dans l’ouest de la ville, Maisonneuve dans l’est, occupent une place importante et bien ancrée dans le cœur campagnard des urbains montréalais, chaque marché reflétant comme il se doit, l’atmosphère de son quartier.

Petite histoire du marché Jean-Talon

Souvent mentionné dans les guides de voyages, le marché est également bien connu des habitants de la métropole québécoise, et les résidents du quartier ne sont pas les seuls à le fréquenter. L’histoire nous confirme qu’il n’y a pas de hasard.

Le quartier importe tout autant que le marché en lui-même et Jean-Talon, au cœur de la Petite Italie nous permet de plonger dans l’histoire de l’immigration du Nouveau Monde. À l’aube du XIXe siècle, la première vague italienne massive était principalement constituée d’agriculteurs, ouvriers sans terres. Le rêve qui les poussait au large était de récolter la somme nécessaire pour acquérir un terrain, dès leur retour au pays. Mais, comme dans de nombreuses histoires d’immigrants, le statut de temporaire devint celui de permanent, et beaucoup d’entre eux s’installèrent dans ce quartier, y cultivant leur potager… La suite semble logique.

Une leçon de géographie gustative

La plupart des fruits et légumes vous seront sans doute familiers, mais cette balade vous donnera l’occasion d’une leçon de géographie locale et un aperçu de l’histoire qui lie nos deux continents.

Beaucoup des produits présents sur les étals étaient déjà connus et appréciés des Premières Nations, celles qui peuplaient le territoire bien avant l’arrivée de Jacques Cartier au XVIe siècle et de Samuel de Champlain à l’aube du XVIIe. Les premiers explorateurs survécurent d’ailleurs aux hivers éternels, grâce aux secrets de la nature que leur confièrent les Amérindiens, leur évitant ainsi de mourir de faim.

Le blé d'Inde

Parmi les produits les plus emblématiques, le blé d’Inde, maïs sucré (que l’on aime déguster ici en épluchette) appartient à cet héritage amérindien. Souvenons-nous à ce propos que les découvreurs européens partis à la recherche d’une route vers l’Inde ont souvent baptisé d’« Indien », tout ce qui se trouvait sur leur route. Ceci explique cela.

Le bleuet

Au rayon fruits, le bleuet, petit fruit nordique évoquant la myrtille, provient en grande partie du lac Saint-Jean à près de 500 km au nord de Montréal. Il y est si répandu que l’on surnomme familièrement les habitants de cette région… les Bleuets. On le décline en tartes, muffins mais le vin de bleuet représente sans doute sa version la plus particulière et peut constituer un cadeau original à rapporter.

Le sirop d'érable

Le Québec est également territoire de forêts. L’arbre le plus représentatif, l’érable est l’espèce indigène la plus répandue. Rappelons que l’emblème du Canada est la feuille d’érable (même si celui du Québec demeure la fleur de lys).

À première vue, rien de bien comestible, mais la sève récoltée, procédé déjà maîtrisé par les premiers habitants, permet de se sucrer le bec du sirop extrait. D’ailleurs, si votre gourmandise vous y invite (et que votre diabète vous y autorise), une petite tarte au sucre (d’érable bien sûr) complètera votre initiation.

Le gibier

Pays de chasse également, la province est peuplée d’une faune sauvage dense, parmi laquelle ours, originaux, castors, loups… constituaient les prises appréciées dans d’autres temps par les coureurs des bois…

N’espérez pas cependant retrouver ce gibier sur les étals, même aux périodes de chasse, car il est strictement interdit de vendre de la viande sauvage. Vous pourrez néanmoins vous rabattre sur le bison provenant d’élevages ou plus modestement sur le canard, un peu moins exotique, il est vrai. Celui du lac Brome, en Estrie est très réputé, et son foie gras l’est tout autant.

Les produits de la pêche

Le Québec est également un vaste territoire d’eau, qu’elle soit douce (saumon, ouananiche, saumon d’eau douce), maskinongé (espèce de brochet) ou salée. Les pêcheurs de Rimouski, Matane, Sept-Îles, les Escoumins… récoltent la mer, explorant les eaux froides du Saint-Laurent, au large de la Gaspésie, de l’île d’Anticosti, des Îles de la Madeleine, de Terre Neuve et du Labrador pour rapporter ce que les saisons procurent : homard, crabe des neiges, crevettes nordiques…)

Les fromages

Que serait un repas sans fromage ? Au fil du temps, les Québécois ont heureusement aiguisé leur goût, s’émancipant un peu de l’asepsie nord-américaine. La variété de fromages produits au Québec (une publicité en vante 400 !) atteste de l’engouement pour ces délices.

Une adresse revient sans cesse pour les amateurs qui fréquentent ce marché : Hamel. La réputation de ce fromager, établie depuis de nombreuses années ne faiblit pas. Le choix de fromages est appréciable, qu’ils proviennent d’artisans locaux ou de l’étranger (France, Italie…), mais le prix de ces délices, déjà dispendieux au Québec, même pour les productions locales, peut sembler légèrement majoré par la réputation de cette institution (avis personnel).

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es »

Si le tourisme est affaire de dépaysement, de découverte, la rencontre avec les populations locales fait souvent partie des aspirations du voyageur. Visiter les marchés permet ainsi de découvrir ce qu’elles mangent, de s’imprégner pour quelques instants de leur quotidien, d’engager la conversation à défaut d’être invité à leur table.

La fromagerie Hamel

La bonne santé fait recette ici aussi. Les Québécois, de plus en plus friands de produits frais, notamment ceux issus de leur terroir, plébiscitent les magazines, émissions TV où les chefs locaux livrent leurs secrets. Les marchés n’échappent pas à cette tendance.

Les traditions liées à l’agriculture, la chasse, la pêche, au Québec font partie d’un héritage fort, revendiqué et bien vivant. De nombreuses initiatives, festivals, circuits (route des vins, des bières, et du cidre, des fromages, circuit du paysan, des tables d’hôtes, chemin du terroir…) se multiplient alliant la découverte de paysages pittoresques, champêtres ou maritimes, de villages au patrimoine architectural préservé.

Une visite au marché vous donnera peut-être l’eau à la bouche, et la rencontre authentique est sans doute au détour de ces chemins !

Découvrir le marché Jean-Talon
Marché Jean-Talon, 7070 avenue Henri Julien, angle rue Jean-Talon
Horaires d'ouverture : lun-sam : 7h-18h dim : 7h-17h.
Nocturne les jeudis et vendredis jusque 20h. Métro : Jean-Talon.
Fromagerie Hamel du marché Jean-Talon, 220, rue Jean-Talon.
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