L’Île-aux-Coudres – 1

Face au village d’artistes de Baie-Saint-Paul, sur la splendide côte du Charlevoix qui domine tout le Saint-Laurent, l'Île-aux-Coudre est baignée par les eaux du grand fleuve que les insulaires appellent la mer. Nous avons eu un grand coup de cœur pour cette île retirée du monde et hors du temps.

Elle n’est pourtant qu’à 15 minutes des deux traversiers (ferries en québécois) N.M. Joseph Savard et N.M. Radisson, qui assurent gratuitement la navette depuis Saint-Joseph-de-la-Rive. Avec les monts du Charlevoix – réserve de biosphère de l'UNESCO – en arrière-plan, son cadre, maritime à souhait et fréquenté par la faune marine et 80 espèces d’oiseaux, est assez admirable.

Le tour de l'Île-aux-Coudres à vélo

Tout ici incite à prendre son temps et à découvrir l'île à bicyclettes ou, pour vivre une aventure vivifiante, en kayak de mer. Nous récupérons nos bécanes après une courte navette qui nous prend à la descente du traversier. Les paresseux n’ayant pas la fibre écolo pourront toujours se rabattre sur des scooters… Attention, le chemin des Coudriers fait tout le tour de l’île ce qui explique une numérotation exponentielle… Nous avons une quarantaine de kilomètres de voies cyclables à notre disposition.

Villages et paysages

La route fait le tour de l’île en moins de 25 kilomètres, et ménage toute une série de vues magnifiques sur le Saint-Laurent et les montagnes à l’horizon. Les vieux villages de Saint-Bernard, La Baleine et Saint-Louis (dans le sens des aiguilles d’une montre) se succèdent, fiers de leurs quelques maisons anciennes et autres vieilles églises. Entre galeries d’artiste, ateliers d’artisan et boutiques de saveurs, les bonnes adresses aux décors soignés ne manquent pas et c’est l’endroit idéal pour tester les B&B.

L'Île-aux-Coudres, fille de la mer

Les premiers occupants

Longue seulement d’une petite dizaine de kilomètres et large de quatre, l’île aurait été formée par l’écroulement dans le fleuve d’un escarpement des Eboulements à la suite d’un tremblement de terre.

Elle doit son nom à Jacques Cartier qui, passant par là en 1535, s’étonna du nombre de noisetiers qui y poussaient. Pour célébrer la découverte, il y fit célébrer le lendemain la première messe au Canada par ses aumôniers. Dans le parc Jacques-Cartier, site de l’événement et ancien cimetière, on trouve une statue du grand navigateur à l’esthétique un rien discutable et en tout cas peu conventionnelle, car en rien héroïque.

Ceci n’expliquant pas forcément cela, les missionnaires furent les premiers occupants permanents à partir de 1728 avec les chasseurs de baleines (notamment le béluga appelé marsouin à l’époque) et les pêcheurs d’anguilles qui à l’occasion se consacraient à la construction navale, devenue l’une des activités majeures de l’île.

À l'intérieur d'un moulin

Armateurs et navigateurs

Ses goélettes, barques, chaloupes à fond plat conçues pour s’échouer, ou canoës étaient considérés parmi les meilleurs du pays. Il le fallait pour se jouer des eaux traîtresses du fleuve, qui, en hiver, ne se traversait qu’en canot de glace dans des conditions périlleuses, quand il fallait haler l’embarcation sur la banquise en formation, un truc idéal pour se réchauffer...

Chaussés de longues bottes de caoutchouc et de crampons aux pieds, les insulaires jouaient ainsi à saute-mouton sur les glaces instables et friables. Parfois, ils tombaient sur un chenal libre de glaces et pouvaient hisser la voile. Aujourd’hui, la tradition perdure à travers quelques compétitions hautes en couleurs tout au long du fleuve.

De nombreuses épaves de toutes sortes jonchent les hauts-fonds alentour composant des vues pittoresques, avec les battures au premier plan fréquentées par les oiseaux migrateurs et mordus de kite surf.

Ces "goélettes", appellation désignant finalement tout navire en bois de faible tonnage, cabotaient tout au long des côtes du fleuve Saint-Laurent, transportant marchandises et passagers, d’où leur surnom de voitures d’eau. Le Saint Laurent étant la voie de communication par excellence du Québec, les habitants de l'île devinrent vite des navigateurs experts. Ils assuraient au cours de la belle saison, le transport des marchandises entre les villages qui bordent le fleuve et les villes de Québec, Trois-Rivières et Montréal. En hiver, on passait donc au canot de glace.

Le musée des Voitures d'eau

L'histoire de ces goélettes est évoquées de façon nostalgique et bien affectueuse au musée des Voitures d’eau de Saint-Louis, situé sur la Pointe à Antoine Ouvert en 1973, le musée est dédié à l’histoire de la navigation sur le fleuve.

Après avoir découvert ces collections d’objets et de pièces d’équipements maritimes du temps jadis, on peut visiter un bateau mis au sec, pour revivre plus concrètement tout un pan de l’histoire locale, dans une ambiance digne de Thalassa.

On peut même monter au sommet d’une tour panoramique offrant un 360° sur l’île et la région. Rien de mieux pour prendre toute la mesure de ce paysage unique et apprécier la marque d’une nature grandiose, rude et tellement exigeante (prendre l’accent svp !).

Nous avions eu la chance de rencontrer le propriétaire des lieux, le capitaine Éloi Perron, l'un des derniers témoins de cette époque. "Marsouin" pure laine (les français diraient pur jus…), il connaît tout des marées et périls du Saint-Laurent. Nous expliquant ses trucs pour jauger la mer, on a pu l’écouter un moment raconter ses souvenirs, faisant revivre avec verve tout un pan de l’histoire du Québec.

Mes adresses sur l'Île-aux-Coudres
Vélo-Coudres (du 1er mai à mi-octobre), 2926, chemin des Coudriers,, Tél. : 418 438-2118
Musée des Voitures d’eau de Saint-Louis, 1922, chemin des Coudriers, Tél. : 418 463-2118
Partir en voyage au Canada via Comptoir des Voyages
© photo principale : Marc Archambault / Quebec-Original. © autres photos : Tourisme Isle-aux-Coudres ; malimage ; Tourisme Isle-aux-Coudres