L’expansion vers l’Ouest : les rébellions de 1870 & 1885

Si la création du Dominion du Canada en 1867 apparaît comme un aboutissement, dans l’esprit de plusieurs hommes politiques canadiens, la réunion des provinces de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau Brunswick, du Québec et de l’Ontario n’est que la première étape d’un projet visant à établir un pays « d’un océan à l’autre » au nord des États-Unis d’Amérique.

Expansion canadienne et Métis

À l’ouest de l’Ontario se situe un immense territoire, la Terre de Rupert, géré par la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) pour le compte de l’Angleterre. Pour les Canadiens, l’expansion vers l’Ouest se résume à une simple transaction immobilière : il s’agit de racheter ce territoire pour fournir de nouvelles terres arables aux immigrants, sans considération aucune pour les populations déjà établies.

Il y a pourtant bel et bien de nombreuses populations établies sur ces terres. Depuis 1812, située à la jonction des rivières Rouge et Assiniboine (actuelle Winnipeg), se trouve la Colonie de la rivière Rouge. Majoritairement peuplée de Métis, les descendants des couples formés entre les coureurs des bois français et les femmes amérindiennes, la colonie se développe sous l’égide de la CBH. Les Métis travaillent comme fermiers, commerçants de fourrures et producteurs de pemmican (mélange de viande séchée et de canneberges), les rivières Rouge et Assiniboine constituant des voies privilégiées pour le transport des marchandises.

La résistance s'organise

Lorsque le gouvernement canadien envoie des arpenteurs pour mesurer les parcelles, les Métis craignent de perdre les terres sur lesquelles ils sont installés depuis plusieurs générations mais pour lesquelles ils n’ont pas de titre de propriété. Lorsque ce même gouvernement envoie une expédition à l’automne 1869, la communauté s’organise pour former le Comité National des Métis de la Colonie de la rivière Rouge et enjoint aux troupes canadiennes de ne pas pénétrer sur leur territoire.

ProvisionalMetisGovernment

En dépit de l’injonction du Comité Métis, les troupes canadiennes franchissent la frontière. En représailles, les Métis s’emparent de Fort Garry, s’allient avec les anglophones et élaborent rapidement une charte listant les demandes que le gouvernement canadien doit entériner pour que la Colonie accepte d’entrer dans la Confédération. Parmi les 15 requêtes de la charte : le fait de disposer d’un gouvernement élu doté du pouvoir de légiférer sur les questions locales, la reconnaissance du français et de l’anglais comme ayant un statut égal et surtout la reconnaissance de la propriété des terres pour ceux qui les occupent même s’ils n’ont pas de titre de propriété. À la tête du mouvement Métis s’impose un jeune homme de 25 ans, Louis Riel.

Pendant plusieurs mois le gouvernement canadien tergiverse et finalement Sir John A. MacDonald en vient à la conclusion que seule une expédition militaire permettra véritablement de prendre possession de la colonie et d’imposer sa volonté. Sans attendre l’envoi de troupes, un groupe auto-proclamé Parti Canadien tente de reprendre Fort Garry mais échoue – son leader Thomas Scott est fait prisonnier, jugé pour trahison et exécuté. Cet épisode suscite l’ire des Canadiens qui, Sir John A. MacDonald en tête, ne pardonneront jamais à Louis Riel d’avoir laissé exécuter Thomas Scott.

Au printemps 1870, le gouvernement Canadien crée la province du Manitoba – dotée d’un territoire réduit, d’un statut inférieur à celui des autres provinces et sans garantie de propriété des terres, la Loi sur le Manitoba apparaît comme un marché de dupes dont les Métis sont les principales victimes. Dépouillés de leurs terres, nombre d’entre eux s’exilent vers l’Ouest où le Canada les rattrape 15 ans plus tard : alliés a plusieurs tribus amérindiennes locales, ils tentent encore une fois de se rebeller avec à nouveau Louis Riel à leur tête. Cette fois-ci la rébellion est rapidement et tragiquement écrasée et Louis Riel est jugé et pendu à Regina le 16 novembre 1885.