Les murales de Sherbrooke

Avec près de 200 000 habitants qui en font la quatrième agglomération québécoise et la principale ville des Cantons-de-l'Est, Sherbrooke combine tous les attraits de la ville, avec services, animations, festivals et patrimoine historique à gogo tout en permettant d’explorer aisément la nature alentour.

La ville natale de Garou qui s’autopromeut Reine des Cantons-de-l'Est, est donc une étape idéale pour se poser et en rayonner, ou pour faire simplement une escale entre Montréal et Saint-Laurent ou Montréal et les États-Unis. Et sa collection de fresques murales vaut bien d’y passer un moment.

Sherbrooke d'hier à aujourd'hui

Joliment implantée sur des collines au confluent des rivières Saint-François et Magog, ce qui lui avait valu d’être appelée par les Abénakis, Ktineketolekwac, que l’on traduit plus simplement par "Les Grandes-Fourches", elle doit son développement aux rivières, un phénomène classique au Canada.

Moulin et scierie se construisent dans les gorges de la Magog en 1801. En 1818, elle prend le nom du gouverneur général du Canada de 1816 à 1818, Sir John Coape Sherbrooke. En 1850, l’arrivée du chemin de fer, lui donne un nouvel essor. Peuplée à l’origine par les Américains loyalistes et anglophones, on y parle majoritairement le français.

Le centre-ville de Sherbrooke

Le centre-ville aligne bâtiments anciens, vieilles églises et nombreux musées. Nous sommes frappés par les nombreux trésors architecturaux, notamment dans Le Vieux-Nord, le plus ancien quartier de la cité au nord de la Magog.

Pour en profiter, nous louons des MP3 à la Société d'histoire de Sherbrooke. Sur le boulevard Queen Victoria, dans les rues Moore et Montréal, de riches demeures où logeait autrefois la bourgeoisie anglophone offrent une floraison de colonnes, tourelles et décors vernaculaires avec des maisons allant du style palladien au Queen Anne en passant par le Second Empire.

On passe devant les murs austères de la vieille prison Winter construite en 1865 et désaffectée en 1990 seulement. Malgré les fantômes qui la hantent, il paraît que son avenir est incertain.

Sherbrooke côté nature

Sherbrooke est riche en parcs et espaces verts comme le parc du Mont-Bellevue près duquel se trouve l’université. On se décide pour une promenade en plein centre dans le parc Jacques-Cartier bordé par le lac des Nations, une retenue de la Magog qui mène à la gorge de la tumultueuse rivière Magog.

Y trône la centrale Frontenac, la plus ancienne (1888) installation hydroélectrique en opération au Québec et berceau du développement industriel de Sherbrooke. Passerelles surplombant le barrage, sentiers aménagés, terrasses et belvédères offrent des panoramas assez impressionnants et c’est l’endroit idéal pour une photo voire un pique-nique. À revenir voir la nuit quand tout un jeu de lumières illumine la chute d’eau, de quoi faire pâlir Niagara Falls… !

Nous flânons sur la rue King, animée par les terrasses des bistrots, les microbrasseries et les boutiques avant d’aller voir à deux pas le vieux cinéma Granada de 1928 et de finir en ce samedi, par le marché de la Gare aux alléchants étals.

Le chemin des murales de Sherbrooke

Il faut qu’on vous l’avoue, la raison principale de notre venue à Sherbrooke, ce sont ses quatorze (à ce jour) fresques murales réalisées au fil des années. Peintes en trompe-l'œil sur les murs aux quatre coins de la ville, elles composent une véritable historiographie en plein air avec ses multiples miniatures et personnages insérés dans chaque œuvre avec un sens du récit très juste et un soupçon de nostalgie, bien dans l’esprit et le style de Norman Rockwell selon nous.

Ce vaste programme lancé pour le bicentenaire de Sherbrooke en 2002 est l’œuvre du collectif M.U.R.I.R.S (Murales urbaines à revitalisation d’immeubles et de réconciliation Sociale), un organisme à but non lucratif dont la mission, ambitieuse, est de valoriser le milieu urbain en produisant des œuvres murales pour favoriser le rapprochement social. Il faut dire que tout le monde en parle, les gens adorant reconnaître les personnages peints ou commenter les thèmes abordés, et que ça donne un grand coup de jeune et de couleurs aux rues de la ville. De plus, s’amuser à repérer des personnages, des objets ou des animaux, est un jeu qui a le don de stimuler les enfants ce qui ne gâte rien.

Les Moulins d’en Haut

785 rue King Ouest

Habilement intégrés au rez-de-chaussée de l’Office de tourisme, et visibles en descendant l’escalier menant à l’entrée de la gorge de la rivière Magog, ils évoquent les entreprises en activité en 1867, au moment de la création de la Confédération.

Nékitotegwak

222 rue Wellington Nord

Face à l’auguste Hôtel de Ville devant lequel ont lieu des concerts gratuits en été, cette fresque illustre Nékitotegwak, "là où les rivières se rencontrent", la confluence de la Magog et de la Saint-François toute proche telle qu’elle était à l’époque des Abénakis. Ca n’est pas notre préférée.

Cœur, Culture et Pédagogie

Collège du Sacré-Cœur 155 rue Belvédère Sud

Tout proche de la promenade du lac des Nations, cet impressionnant trompe-l’œil, où chaque étage de l’immeuble correspond à un rayon de bibliothèque alignant des œuvres d’auteurs et écrivains de la région, est enrichi d'une centaine de personnages en pleine action ou d’objets. Très sympa.

100 ans au service des gens

395 rue Frontenac

Ornant la centrale Frontenac, elle commémore la municipalisation de l’électricité à Sherbrooke en 1908. La ville, après une longue bataille juridique, prenait le contrôle de son eau supprimant le monopole de l’énergie à la Power Light & Heat Co.

Tradition et Prévention

275 rue Marquette

Inaugurée en 2007 sur le mur ouest du bâtiment, elle représente de manière très vivante avec une vingtaine de personnages, l'ancienne caserne en pleine préparation de l'activité annuelle Pompier d'un jour en 1967, rendant hommage aux soldats du feu et au service de police de Sherbrooke

Murale du bicentenaire de Sherbrooke 2002

à l’angle des rues Frontenac et Dufferin

Large d’une vingtaine de mètres, ce fut la première fresque inaugurée pour le bicentenaire de la ville, elle met en scène 23 personnages, un beau jour de juin 1902 pour une scène du quotidien criante de vérité. À proximité de très beau musée des Beaux-Arts habilement logé dans une ancienne banque.

Murale des Jeux du Canada 2013

21 rue Wellington Sud

111 artistes locaux et nationaux des 13 provinces et territoires participants aux Jeux d’été du Canada ont fait œuvre collective originale avec 224 panneaux individuels juxtaposés comme une mosaïque pour composer une image unique, celle d’une athlète bondissant littéralement hors du mur. On a le temps de l’apprécier en détail avec la pléthore de bistrots alentour.

Les Belles Années

364 rue Alexandre

Évocation nostalgique des années 1950 au Petit Canada, le quartier sud-ouest de Sherbrooke. À l’époque, c’était un quartier ouvrier essentiellement peuplé de familles (parfois très) nombreuses de

Canadiens français suite au baby-boom. Elle est peuplée de personnalités locales croquées dans une ambiance de série télé sur fond de rock’n’roll. Un beau sens de l’anecdote qui fait mouche.

CHLT-TV, 50 ans à notre image

222 rue Frontenac

Juste en face du musée de la Nature et des sciences, cette fresque de 2006 célèbre le cinquantenaire de la chaîne de télévision bilingue CHLT-TV (Télé 7) avec 30 personnalités ayant marqué la vie culturelle de Sherbrooke semblant conviées à un gala à l’entrée d’une salle fictive. On a tout de même reconnu Garou, né à Sherbrooke en 1972, remarqué par Luc Plamondon

Destinées et Origines

angle Wellington Sud et Aberdeen

Cette treizième fresque réalisée en 2012 est assez exceptionnelle avec son immense trompe l’œil figurant le mur de l’immeuble basculant dans le passé, aidé par deux jeunes alpinistes, en rappel pour remonter jusqu’en 1792 à travers une galerie de portraits de personnalités d’hier et d’aujourd’hui. Son côté surréaliste est assez surprenant.

L’hôtel des Voyageurs

121 rue du Dépôt

En face de la gare, cette œuvre de 2008 évoque l’hôtel des Voyageurs de 1910. À ses balcons et devant sa porte, est rassemblée toute une galerie de personnages attendant le champion de boxe local, Léonard Dumoulin alias Jack Renault, partenaire d'entraînement du champion du monde des poids lourds, Jack Dempsey, et qui fera même l’acteur à Hollywood.

Le Progrès de l’Est

13 rue Bowen Sud et angle King Est

Sur la rive est de la Saint-François, cette fresque détaille les nouveautés techniques à l’orée du XXe siècle. Électricité, téléphone, tramway et journaux cohabitent encore avec les voitures à cheval.

Il était une fois dans l’Est

55 rue King Est

Voisine de la précédente, elle illustre la vie du Quartier Est dans les années 1930 à 1960 avec une série de personnages mettant en scène elle aussi des résidents locaux.

Légendes & Mena’Sen

157 rue Bowen Nord

Sans doute la plus étrange de toute la collection. Un gigantesque rideau de théâtre s’ouvre, tiré par des Indiens, sur un feu de camp au bord de la Saint-François et le rocher Mena’Sen, qui ressemble à une énorme tortue dont la carapace affleure à la surface. La tortue était un symbole amérindien représentant la terre et la création du monde. Le rocher du pin solitaire est aussi l’objet d’une légende locale.

La fresque évoque aussi les temps peu sûrs des raids anglais contre les Abénakis lors de la Guerre de Sept Ans, une histoire racontée par Hollywood dans Le Grand Passage avec Spencer Tracy, tourné en… Idaho !

Au fil de la balade, on croisera de rutilantes voitures anciennes. Un chauffeur nous apprend qu’il est possible de faire le tour des fresques en 90 minutes à bord d’automobiles des années 1920 à 1960, et même en compagnie de comédiens théâtralisant la visite… Ca sera pour une autre fois car on avait décidé de privilégier la marche à pied, la météo y ayant mis du sien.

© photo principale : M.U.R.I.R.S © autres photos : Françoise Lemoine / Destination Sherbrooke ; Sébastien Larose / Destination Sherbrooke ; Destination Sherbrooke : M.U.R.I.R.S ; Daniel Van Klei / M.U.R.I.R.S ; M.U.R.I.R.S