Le Canada, une idée… canadienne !

Au milieu des années 1860, la province du Canada est dans une impasse politique : l’unification du Haut et du Bas Canada en une seule province (1841) combinée à l’instauration d’un gouvernement responsable devant le Parlement conduisent à une instabilité politique chronique.

Accords et désaccords

Les quatre partis politiques : Conservateurs et Réformateurs du côté Canada-Ouest (anglophone et protestant, futur Ontario), « Bleus » (conservateurs) et « Rouges » (réformateurs) du côté Canada-Est (francophone et catholique, futur Québec) peinent à dégager une majorité stable et les gouvernements se succèdent à un rythme soutenu. L’un des points de désaccord majeur entre les deux côtés de la province est la représentation politique proportionnelle, avec un contexte qui voit la population du Canada-Ouest augmenter considérablement au désavantage du Canada-Est.

Tous sont conscients que leur province est dans une impasse politique et cherchent une solution pour en sortir. Après moultes tractations, le gouvernement de « La Grande Coalition » est créé, réunissant les Réformateurs du Canada-Ouest aux Conservateurs des deux côtés de la province. Le comité présente différentes propositions au Parlement dont l’idée d’instaurer un système fédéral – c’est ce principe qui recueille le plus de soutiens.

Du Canada-province au Canada-pays

Si une majorité de représentants du Parlement de la province du Canada est d’accord pour soutenir l’idée d’un système fédéral, tout le reste est à définir. Le premier point de désaccord est le périmètre de la future fédération : certains souhaitent la limiter aux deux futures provinces du Québec et de l’Ontario, tandis que d’autres veulent y inclure les provinces Maritimes et les territoires de l’Ouest. L’autre sujet épineux est le partage des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les provinces : John A. Macdonald, profondément marqué par la Guerre Civile américaine, souhaite un pouvoir fédéral fort, tandis que Québec et Maritimes veulent un pouvoir décentralisé qui leur laisserait de nombreux domaines de compétence. C’est lors des conférences de Charlottetown et de Québec City durant l’automne 1864 que vont se décider ces points cruciaux.

En septembre 1864, huit délégués de La Grande Coalition de la province du Canada se rendent à Charlottetown pour rencontrer quatorze délégués des provinces de l’île du Prince Edouard, du Nouveau Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. Le principe d’une fédération réunissant les cinq provinces (trois Maritimes, futurs Québec et Ontario) est toutefois adopté. La suite des négociations se déroule, en secret, à Québec City en octobre 1864. Au final, c’est le principe d’un état fédéral fort, doté d’une Chambre des Représentants élus à la proportionnelle et de Sénateurs désignés à vie qui prévaut. À la fin de la conférence, deux résolutions sont également adoptées : l’une prévoit la construction d’une ligne de chemin de fer entre les provinces Maritimes et la province du Canada ; l’autre est la possibilité pour d’autres territoires de rejoindre la fédération après 1867.

Au total, les soixante-douze résolutions élaborées à Québec city sont approuvées durant l’hiver 1865 par les Parlements des provinces concernées : Canada, Nouvelle-Ecosse, Nouveau Brunswick (les représentants de l’île du Prince Edouard, mécontents, se sont retirés du projet de fédération). Peu après les délégués de l’Amérique du Nord britannique embarquent pour Londres pour élaborer avec le gouvernement de Sa Majesté le texte de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique. Adopté par le Parlement britannique le 8 mars, l’Acte donne naissance au Dominion du Canada le 1er juillet 1867 : celui-ci comprend les provinces de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau Brunswick, du Québec et de l’Ontario.

© photo principale : Dominion of Canada