La pêche sous la glace au Québec

La pêche blanche est l’une des grandes traditions nordiques d’Amérique du Nord, c’est même quasiment une religion, et le Québec n’échappe pas à la règle. La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean se prête particulièrement bien à cette expérience avec sa collection de villages éphémères, ses paysages grandioses et sa faune piscicole. Direction la rive droite du fjord du Saguenay pour une partie de pêche mémorable.

Plongez dans l'ambiance d'un village de pêche

Dominé par une montagne tapissée de forêt, le village de pêche est directement posé sur la glace du fjord. Composé de plusieurs centaines de cabanes qui font penser à une version XXL de nos cabines de bains, le tuyau de poêle en sus, il est fréquenté autant par les touristes que par les locaux venus trouver de quoi dîner en sortant du boulot.
Des centaines de maisonnettes composent de véritables quartiers, et les rues peuvent même être numérotées.
Beaucoup de gens semblent se connaître, ce qui explique la chaleur de l’ambiance et des échanges. Tout le monde a envie de partager son expérience et ses histoires, un phénomène bien connu des vrais mordus. Je me fais d’ailleurs vite inviter par mes voisins pour partager leur raclette dans une cabane sans chichi mais parfaitement aménagée.
Ici, pas de musée ni de grands magasins. On vient ici pour la beauté du site et l'atmosphère décontractée des lieux. Au programme : balade entre les maisonnettes multicolores, discussions à bâtons rompues avec les voisins, patinage sur le fleuve gelé et sortie nocturne pour admirer un ciel constellé d’étoiles et des séracs que le clair de lune rend opalescents.

Ma cabane de pêche (au Canada)

Un trou est foré dans la cabane pour pêcher en toute quiétude.

Un peu refroidi à l'idée d'une partie de pêche en plein air directement sur la glace, j'ai opté pour la location d’une cabane chauffée à l’abri du froid (et du vent). Elle est fournie clé en mains, le forfait incluant les cannes à pêche, les lignes, les hameçons, les appâts et le chauffage. Certaines sont même équipées pour y passer la nuit.
Au lieu de se retrouver agenouillé dans la glace à attendre en grelottant qu’une morue daigne mordre à notre hameçon, je profite du confort presque douillet d’une cabane dotée de l’électricité et équipée d’un poêle, d’une table et de sièges disposés autour d’un trou foré à notre arrivée.
Quand on m'offre une boisson chaude et une part de tarte aux bleuets pour patienter avant le casse-croûte, j'oublierais presque que la cabane flotte à la surface d’un bras de mer profond d’au moins 70 mètres.

Quelques lignes sur la pêche blanche

Les sébastes, une variété de poisson à pêcher dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Mon hôte commence par m'expliquer les rudiments de la pêche blanche. Il m'annonce pince-sans-rire qu’il arrive de temps à autre qu’on attrape un requin venu du Groenland ! Cette espèce rare se niche dans les eaux profondes du fjord et sa remise à l’eau est obligatoire.
Heureusement ce sont surtout les morues, éperlans, lottes et autres sébastes qui nous attendent. La raison d’une telle diversité ? Les eaux de la baie et du fjord sont constituées de deux couches d'eau superposées : en surface, la couche d'eau douce des rivières se jetant dans le fjord, en profondeur, l'eau salée plus froide remontée dans le Saguenay depuis le Saint-Laurent par la marée.
Il faut quand même mettre un peu la main à la pâte et nous commençons à embrocher de petits morceaux d’éperlan sur les hameçons de nos lignes en prenant bien soin d’en faire dépasser les pointes. Il est temps de mettre le turbot, c'est-à-dire mettre sa ligne à tremper en quelques moulinets au milieu du trou de pêche. Il est impératif de bien la tenir au centre sinon elle se coince au bord dans la glace et on ne la voit pas bouger. Il faut aussi empêcher que la glace ne se reforme.

À vos cannes et hameçons

J'apprend le principe de la pêche à la dandinette : il faut bouger la canne de bas en haut deux ou trois fois de suite pour faire bouger l’appât, s’arrêter et ne plus bouger pendant quelques secondes avant de recommencer souvent la manœuvre. Il paraît que ce mouvement de montée et de descente s’apparente à un mouvement de fuite qui titille l’instinct des prédateurs…
Ça y est, ça mord ! Vite, il me faut ferrer fermement et remonter la ligne en moulinant régulièrement mais rapidement. Je sors de l’eau ma première prise toute frétillante, un sébaste orange de belle taille qui me fixe de ses yeux globuleux, sa mâchoire inférieure prognathe à souhait.
Attention si par mégarde on a grappiné le poisson, c'est-à-dire si on l'a attrapé ailleurs que par sa gueule, il faudra le relâcher.
Au bout de 90 minutes, j'ai attrapé mes cinq poissons réglementaires, dont une lotte au minois patibulaire. Après avoir été vidées par mon guide (quel service), mes prises sont rangées dans des sacs en plastique dans une glacière.
Et vous, prêts pour une partie de pêche ?

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