Escapade à Magog

Hors des grands itinéraires touristiques, proche de la frontière américaine, la région de l’Estrie appelée aussi les Cantons de l’Est, est une alternative à l’axe archi fréquenté du Saint-Laurent quand on veut relier Montréal à Québec en poursuivant par la région de Chaudière- Appalaches. C’est aussi la région idéale pour conclure son voyage au Québec en profitant de la nature jusqu’au dernier moment avant de rallier l’aéroport de Montréal directement. Ses paysages vallonnés parsemés de lacs offrent de belles escapades aérées non loin de Montréal, autant d’occasions de privilégier son bien-être en testant les saveurs régionales dans un cadre champêtre.

Magog, une station les pieds dans l'eau

La station de Magog à quelques kilomètres de Sherbrooke, le plus grande agglomération régionale, doit son nom à un mot amérindien signifiant "grande étendue d’eau". C’est celle du lac Memphrémagog, presque aussi long à dire qu’à parcourir, qui lui offre un bien joli site.

Théâtre de légendes indiennes très similaires à celles du loch Ness écossais, ici un serpent géant répondant au doux sobriquet de Memphre, il s’étire au moins sur 45 kilomètres du nord au sud, débordant au Vermont au-delà de la frontière américaine.

Le monstre du coin ne fait plus peur à grand monde car de nombreuses personnalités et acteurs comme Sylvester Stallone ou Donald Sutherland y possèdent de coquettes résidences secondaires. Comme toute station qui se respecte, on y trouve croisières sur le lac, vélo sur le vaste réseau de pistes cyclables et même un labyrinthe en plein air dont on doit trouver la clé en rollers ou à pied. Ce sont les activités favorites avec la plage et les spectacles donnés au Vieux-Clocher, une institution locale.

Mais pour commencer à nous familiariser avec la bourgade, nous nous empressons de remonter la rue principale en voiture, le coude à la portière, dans la grande tradition du cruisin’ (cruiser est aussi un terme québécois mais n’a rien à voir avec Tom Cruise…) pour reluquer les cafés, galeries et boutiques.

Randonnée dans le parc provincial du mont Orford

Créé en 1938 au cœur des monts Sutton, il polarise l'attention de la plupart des amateurs de plein air.

Dominant toute la région avec ses 881 mètres, on l’aura très souvent en ligne de mire durant tout notre périple dans la région. Ses pentes servent de pistes de ski l’hiver en offrant de belles vues sur la chaîne des Appalaches. Il y a plus de 80 km de sentiers pour tous les niveaux. Le Sentier des Crêtes qui traverse le parc du nord au sud est une section du réseau les Sentiers de l'Estrie, pour les amateurs de trek au long cours.

On se contente d’une petite promenade lors de laquelle on observe des cerfs de Virginie et quelques grands hérons. Le coin doit être fantastique durant l’été indien quand les érables à sucre éclatent de couleurs, sans parler de l’hiver, où toutes les activités sont pratiquées.

Le musée Bombardier : c’est de la bombe !

Un peu plus à l’ouest, à Valcourt, un musée rend hommage à un grand inventeur et entrepreneur canadien, Joseph-Armand Bombardier qui développa toute une gamme de véhicules pour se déplacer sur la neige, autoneige, chenillette et surtout la motoneige ou scooter des neiges, commercialisant ses premiers modèles produits en série sous la marque Skidoo.

Les présentations sont tout à fait charmantes avec toute une collection d’engins et d’outils dont une partie est exposée dans le garage original. On a du mal à imaginer en voyant les premières machines au look préhistorique que Bombardier deviendra une multinationale produisant aussi des trains et des avions civils malgré son nom un rien martial…

À la mine

À 20 minutes de Magog, près du village de Bonsecours, se trouve la petite mine Cristal Québec, la seule du genre au Canada. On y admire d’éblouissantes pièces de quartz extraites à la main dans une veine vieille de 300 millions d’années. Il y a de quoi combler les géologues de tout poil surtout s’ils sont mélomanes. Car on y donne des concerts d’un genre bien particulier, assez New Age, où l’on joue sur des instruments musicaux uniques faits en cristal. Les animateurs nous promettent que "Si vous fermez les yeux et que vous vous laissez bercer par cette musique, vous atteindrez un profond repos et ressentirez une grande paix intérieure". Quand on vous dit que la région est spécialisée dans le bien-être… !

Les voies du Seigneur

Pour un autre style de recueillement, nous voilà partis à l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac, dont les origines remontent à 1912. Au centre d’une petite presqu’île, elle se voit de loin grâce à ses tours de granit blanc dominant une architecture austère.

Elle est occupée par une quarantaine de moines bénédictins retirés du monde. Cela ne les empêche pas d’accueillir volontiers le visiteur. Il est possible de partager la prière des moines lors d’un office ou de venir en retraite, s’immerger dans le silence pour prier, méditer et se ressourcer. Dans ce cas, on est hébergé sur place à l’hôtellerie monastique, les hommes d’un côté et les femmes d’un autre.

Nous avons pu partager un temps de recueillement sur fond de chants grégoriens soutenus par un orgue incroyable avec ses huit tonnes et 2 692 tuyaux, inauguré en 2000. Et puis nous sommes repartis, ayant fait le plein de fromage et de cidre, produits par les bons moines.

Une journée d’excursion dans la région de Magog

Nous longeons la rive orientale du lac Memphrémagog jusqu’à Georgeville quasiment en face de l’abbaye. Ce village aux nombreuses demeures historiques, dont le quai offre une belle vue sur le lac, a servi de cadre au tournage de certaines scènes du film Le Déclin de l’empire américain tourné par Denys Arcand en 1986. Plus loin, Fitch Bay possède un pittoresque pont couvert de 1881. Long de 28 mètres, il est l’un des rares ponts couverts à prendre appui sur les rives d’un lac. Dommage que son intérieur soit couvert de graffitis...

Stanstead, une vraie ville-frontière

Nous rejoignons ensuite Stanstead formant une seule agglomération frontalière avec Derby Line au Vermont. Longtemps fréquentée par les contrebandiers, la ville conserve un patrimoine architectural hérité de l’opulente époque victorienne avec de nombreux bâtiments qui sont traversés par la frontière avec les États-Unis.

Le plus célèbre est celui occupé par la bibliothèque et le ravissant opéra Haskell. Inauguré en 1904, il a été volontairement construit à cheval sur la frontière en signe de paix, à l’initiative de Martha Stewart Haskell. La scène est au Canada et les spectateurs aux États-Unis. Une histoire comme les adorent les Américains !

Poursuivant la visite, on suit la rue Railroad, aux maisons ouvrières serrées les unes contre les autres. Elle relie le secteur de Rock Island, aux nombreux bâtiments historiques, à celui de Beebe Plain, le troisième village ancien formant le Stanstead actuel. Elle y devient la rue Canusa, avec d’un côté, les maisons canadiennes et en face, les américaines.

Au carrefour de Canusa et de la rue Principale, les douanes du Canada et des États-Unis se regardent. En face, un bel édifice de granit des années 1820 a abrité le seul bureau de poste international au monde avec deux portes et deux comptoirs, desservant les clients de chacun des deux pays…

On serait bien resté plus longtemps d’autant que nous repérons de bien tentantes pistes cyclables construites sur les anciennes voies ferrées mais il nous faut repartir.

Vieux villages et ponts couverts

Traversant un beau décor rural de vergers et de fermes cohabitant avec sapins et érablières, nous remontons vers le sud du très joli lac Massawippi, qui lui aussi a toujours attiré les riches Américains. Partout transpire l’amour de la terre qui nous donne des envies de retour à la ferme

Obliquant vers l’est, nous découvrons une collection de pittoresques ponts couverts entre Coaticook et Compton. C’est tout d’abord le Pont Rouge, reconstruction en 1998 d’un pont datant de 1887, dans le parc de la Gorge de Coaticook, où la rivière gronde au fond d’un canyon profond de 50 mètres et étagé de plusieurs chutes que l’on admire du haut d’un pont suspendu.

Après un passage au musée Beaulne de Coaticook, logé dans le château Norton, on enchaîne avec le Pont Drouin à Compton (1897). Pont Milby (1873) près de Waterville nous oblige à un crochet mais, nous on adore faire le pont alors…

Nous rentrons sur Magog via North-Hatley et Sainte-Catherine-de-Hatley. Le premier village, joliment situé à l’endroit même où le lac Massawippi devient la rivière du même nom, regorge de demeures antiques qui sont autant de B&B et d’auberges. Sainte-Catherine est une mignonne petite municipalité fondée en 1901 sur une colline entre lacs et montagnes, couronnée par l’église Saint-Christophe de 1881 et son presbytère.

Après cette belle boucle de 150 kilomètres environ, il était temps de reprendre le chemin de l’aéroport de Montréal distant d’une autre centaine de kilomètres, appréciant énormément d’avoir choisi la région de Magog comme conclusion bucolique au voyage, nous évitant ainsi d’avoir à se replonger dans l’atmosphère urbaine de la grande ville…

Mes adresses à Magog
Vieux-Clocher de Magog, 64 rue Merry Nord, Magog, QC J1X 2E6, Tél. : 819 847-0470
Musée Bombardier, 1001 avenue J.-A.- Bombardier, Valcourt, J0E 2L0, Tél. : 450 532-5300
Mine Cristal, 430 Onzième Rang, Bonsecours, QC J0E 1H0, Tél.: 450 535-6550
Abbaye Saint-Benoît, Hôtellerie des hommes, Saint-Benoît-du-Lac, J0B 2M0, Tél. : 819 843-4080
La Bibliothèque et Salle d’Opéra Haskell, 93 Caswell Avenue, Derby Line, VT 05830, Tél. : 802-873-3022
Musée Beaulne, 96, rue de l’Union, Coaticook, J1A 1Y9, Tél. : 819-849-6560
© photo principale : Tourisme Memphrémagog © autres photos : Tourisme Memphrémagog ; Tourisme Memphrémagog ; Hurteau Paul et Parent Claude /Québec Original ; La Bibliothèque et Salle d’Opéra Haskell ; Huard Jean-Pierre / Québec Original ; Musée Beaulne