À bord du m/v Frances Barkley

Sur l’île de Vancouver, certaines localités sont si isolées qu’elles ne sont accessibles que par hydravion ou bateau. C’est ce dernier moyen de locomotion que nous avons choisi pour partir à la découverte des hameaux de l’Alberni Inlet, un bras de mer d’une quarantaine de kilomètres, débouchant sur le Barkley Sound dans le parc national Pacific Rim.

Un bateau de bédé

Le robuste m/v Frances Barkley (m/v pour motor vessel) nous attend. Cet ancien ferry norvégien construit en bois en 1958 a été transformé en cargo mixte. Avec ses 300 tonneaux, il assure l’approvisionnement journalier des localités semées le long du fjord (courrier, alimentation, matériel…). Opéré par Lady Rose Marine Services, il dessert les hameaux jusqu’à Bamfield sur la rive sud du Barkley Sound, vaste baie fourmillant d’îles ouverte sur l’océan. Son look nous rappelle furieusement les navires du capitaine Haddock : on a vraiment l’impression de partir pour un voyage au long cours.

Lady Rose Marine Services

En route !

Accueilli par un équipage sympathique et détendu, nous montons à bord en compagnie d’une population hétéroclite de touristes, randonneurs, kayakistes, mais aussi locaux aux figures intéressantes d’ermites retournant chez eux après une escapade dans la civilisation.

Le temps de s’installer sur une banquette extérieure pour profiter à fond du paysage, et le navire largue les amarres à l’heure prévue dans un grand coup de sirène.

On consulte notre exemplaire du journal de bord, le Ship's Log, offert en montant à bord, qui donne quantités d’infos précieuses sur l’histoire et la géographie de la région. Il inventorie tous les établissements industriels édifiés sur les quais : usines à papier, scieries, Fisherman's Wharf, Harbour Quay… et Assembly Wharfs, propriétés de la PAPP (Port Alberni Port Authority) utilisés par les cargos de haute mer emportant bois et papier dans le monde entier.

Sur la rive gauche on aperçoit China Creek, également géré par la PAPP. China Creek, autrefois Gold River, tient son nom de prospecteurs chinois venus chercher de l’or dans les années 1860. C’est désormais un parc provincial équipé d’une petite marina et d’un camping fréquenté par les pêcheurs venus taquiner la truite voire le saumon.

Quelques miles plus loin, on passe au point le plus étroit de l’Inlet à la confluence de deux petits fleuves, Mactush Creek à tribord et Franklin River à babord. Pour ceux (ou celles) qui ne savent pas de quoi on parle, ce sont les côtés droit et gauche du bateau en regardant la proue. Bon, OK, vous ne savez pas distinguer la proue de la poupe. La proue est l’avant, là où du temps de la marine à voile, on posait une figure (de proue, vous suivez ?!) tandis qu’avoir le vent en poupe, c’est un vent qui vous pousse.

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La vie à bord

Nous sommes contents d’avoir prévu polaires et vestes pour se protéger de la brise, encore assez fraîche. On est sur un cargo, la croisière s’amuse, mais elle n’est pas guindée. Au vu de nos compagnons de bord, on voit bien qu’on est plus proche d’une ambiance d’exploration ou d’expédition, comme le cadre naturel va vite nous le confirmer. On aperçoit en effet des cerfs, et les ours s’observent fréquemment.

Tout d’un coup, des effluves de café et de bacon parviennent jusqu’à nous. Le petit déjeuner a l’air d’être prêt. Ça tombe bien : parler d’ours nous a donné les crocs... La journée démarre vraiment bien ! Il y a une petite cambuse à l’intérieur où est servi de quoi se sustenter. Que du classique avec des œufs au bacon, des pancakes, des sandwiches, hamburgers et autres snacks, le tout arrosé de boissons diverses. On peut acheter de la bière ou du vin au bar de l’avant à certaines heures seulement, mais il n’y a pas d’autres alcools servis à bord.

Le capitaine fait régulièrement des annonces, signalant les points d’intérêt, le tout avec la petite pointe d’humour qui sied. On lui rend une petite visite au poste de commande où il nous accueille chaleureusement, répondant gentiment aux questions. Il nous montre comment il pilote le navire : avec un ordinateur et un joystick. On dirait un jeu vidéo ! La barre traditionnelle et ses manettes ne sont là que pour la déco.

Cabotage le long de l’Alberni Inlet

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La navigation est très agréable et la météo prometteuse. On est débarrassé des constructions, il n’y a aucun pont, la surface de l’eau est calme, la houle océanique n’étant pas ressentie aussi loin à l’intérieur des terres et ici, les marées sont faibles. Seul le teuf teuf régulier et rassurant des diesels trouble l’air.

Les rives sont encore assez encaissées mais le chenal s’élargit de temps à autre. Sa largeur moyenne est de l’ordre de 1,5 km. À perte de vue, les pentes escarpées sont plantées d’une sombre fourrure de pins Douglas, épinettes, mélèzes et autres pruches, éclairées des allumettes argentées des bouleaux auxquelles s’accrochent les derniers lambeaux de la brume matinale.

Le grand plaisir des passagers est d’apercevoir la faune locale. Les oiseaux, notamment des rapaces sont au rendez-vous. On espère toujours un épaulard ou un ours. Tout le monde est sur le pont à guetter qui un évent, qui une nageoire ou un mouvement dans les taillis au pied des futaies descendant jusqu’au niveau de l’eau … En tout cas, nous avons bien fait d’amener les jumelles (et des batteries de rechange pour les appareils).

C’est écrit la Poste

Les Broken Group Islands

Il est un peu plus de dix heures quand le soleil se montre, transformant totalement le paysage. On remarque quelques maisonnettes au bord de la rive tantôt flottantes, tantôt sur pilotis et équipées d’un ponton à bateau. Il semble que l’on approche d’une "agglomération". D’ailleurs un incongru panneau gas (carburant) surgit, planté au sommet d’un piton.

Le m/v Frances Barkley n’est pas qu’à l’usage des touristes : il a également une mission de service public pour toutes les communautés de l’Inlet. On apprend ainsi que l’on doit passer à la poste de Kildonan. Ce sont les frères Wallace, fondateur des Wallace Fisheries, qui ont baptisé le village Kildonan en 1910, d’après leur village natal en Écosse. L’accostage est très précautionneux, il ne faudrait pas que l’on écrabouille le ponton bardé de rondins, où se trouve le fameux bureau de poste de poche. Pendant l’escale, des pêcheurs montent à bord, dotés d’un impressionnant matériel.

La navigation reprend dans un décor de carte postale. Le chenal s’élargit et les sommets perdent de la hauteur au fur et à mesure que l’on approche l’océan. La transition se fait insensiblement, le chenal est protégé de la houle par le chapelet d’îles côtières, et l’arrivée à Bamfield, notre terminus se profile doucement.

Caboter à bord du m/v Frances Barkley
Lady Rose Marine Services, P.O. Box 188, Port Alberni
Ouverture des guichets à 7 h, et appareillage prévu à 8h.
Gratuit pour les moins de 7 ans et demi-tarif pour les moins de 15 ans.
Les cartes de crédit ne sont pas acceptées à bord.

© photo principale : Lady Rose Marine Services © photos articles de haut en bas : Lady Rose Marine Services ; Destination British Colombia