Le Cabot Trail – 1

Emblème majeur de la Nouvelle-Écosse, la Cabot Trail porte le nom de l'explorateur Giovanni Cabote qui accosta au Canada en 1497. La route, qui fait le tour d’une bonne partie de l’île du Cap-Breton, est l’une des routes les plus spectaculaires de tout le Canada.

Boucle de 300 kilomètres, longeant la côte et traversant les montagnes, il faut au minimum, deux à trois jours pour en profiter. Si vous n’avez pas froid aux yeux, effectuez la boucle dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Conducteur et passagers du côté droit seront en prise directe avec le vide parfois abyssal, auront les vues les plus spectaculaires et rencontreront moins de monde.

Road trip au pays de la pêche

Nous rejoignons la Cabot Trail un peu à l’ouest de Baddeck. Après le parc provincial Lake O’Law, on suit la Margaree River pour rallier la côte ouest de l’île du Cap-Breton. À North East Margaree, on comprend au Margaree Salmon Museum pourquoi la pêche à la mouche est une vraie religion chez les Anglo-saxons. La rivière est d’ailleurs envahie de pêcheurs prêts à en découdre avec les saumons de passage, désormais une rareté sur la façade atlantique. La route descend joliment en bout d’estuaire et rejoint la côte à Margaree Harbour. Nous y observons un moment des bateaux de pêche ramenant les casiers à homard au wharf. Puis, le chemin passe devant un antique magasin général pour mener à un site absolument délicieux. Deux petits phares de poche pyramidaux encadrent depuis 1901 une vieille maison plantée sur la dune. Nous voilà bel et bien dans l’ambiance !

Plongée en Acadie

Poursuivant vers le nord, nous enjambons l’estuaire pour passer le minuscule port de Belle Cote. Son nom nous prévient que nous avons pénétré dans l’une des principales poches acadiennes de la province. Une évidence quand on regarde la toponymie des villages qui s’égrènent ensuite comme Cap-le-Moine, Saint-Joseph-du-Moine, Grand-Étang, Terre-Noire, le joli Collet-à-l’Orignal ou l’évocateur l’Anse-du-Bois-Marié. Avec les montagnes plongeant dans le golfe du Saint Laurent, la route devient grandiose, offrant des perspectives illimitées.

Chéticamp, capitale acadienne de l'île

Chéticamp, dont les habitants sont curieusement les Chéticantains, est dominée par la flèche de Saint-Pierre, église érigée en 1893 au bord de l’eau avec des blocs de pierre charriés de l’île en face. Les fresques et les vitraux datant des années 50 sont d’un kitsch assez saint-sulpicien. Au centre culturel des Trois Pignons racontant l’histoire locale, sont exposées les œuvres des artisans locaux avec pléthore de tapisseries tissées au crochet, une grande spécialité régionale. Ici, on appelle ça des tapis hookés (de l'anglais hook, crochet). Nous profitons d'un temps superbe pour rallier ensuite l’île de Chéticamp, beau décor de lande hantée par de nombreuses espèces d'oiseaux, et flâner sur la plage Saint-Pierre. Nous sommes récompensés par une vue assez sublime au soleil tombant au phare de la Pointe-Enragée dont la tour actuelle date des années 1950-60.

Le parc national des Hautes Terres

Avant de quitter Chéticamp, porte d’entrée ouest du parc national des Hautes-Terres, nous sommes passés prendre des renseignements au Centre d’accueil et payer le droit d’entrée dans le parc. Ce dernier, d'une superficie de 950 km², occupe toute la largeur de l’île dans son tiers supérieur. Après Petit-Étang, la Cabot Trail suit d’abord le rivage, offrant quelques passages sublimes avec des belvédères aménagés, comme celui du Cap-Rouge. Quelques kilomètres après Presqu’île, la route s’incurve assez brutalement en direction de l’intérieur des terres pour escalader le Mont French (535 m), point culminant du parcours. On bascule ensuite sur Pleasant Bay.

L'histoire incroyable de Pleasant Bay

Le village est fondé en 1828 par les MacLean et Mackintoch, familles venues de l’île de Skye. Sa fortune (relative) vient en effet de la mer. En 1874, des tonneaux de farine s’échouent sur le rivage suivis par des milliers de livres de beurre l’année suivante. Jamais deux sans trois, avec des tonneaux de rhum arrivés par miracle intacts à terre en 1931, en pleine Prohibition.

Baleine en vue !

L’endroit, un de plus, se vante d’être la capitale des baleines… Nous décidons de faire une sortie en mer à bord du Danny Lynn, une barque manœuvrée par Stan MacKinnon, descendant des pionniers écossais installés dans la région depuis six générations. Sa compagnie, Fiddlin' Whale Tours, propose un concept unique. La sortie se fait au son du violon ! Live !!! En effet, des musiciens embarquent avec nous et nous partons à la recherche des cétacés croisant au large. Après avoir couvert quelques encablures, soudain l’hydrophone fait entendre un appel plaintif caractéristique. Une baleine chante sous la surface. L’un des violonistes commence une balade à la tonalité bien celtique, on se croirait dans un film de John Ford. Bientôt le chant des baleines donne l’impression de s’accorder au violon, mais c’est peut-être l’inverse. Soudain quelqu’un crie : sur babord, dans un bruissement d’eau, la tête d’un rorqual surgit furtivement avant de nous montrer sa nageoire caudale. On n’a pas eu le temps de savoir s’il était mélomane. Quoiqu’il en soit, quelle belle expérience ! De retour au petit port niché au pied des montagnes recouvertes de forêt, on monte au Whale Interpretive Centre, au-dessus du bassin, où l’on nous explique tout ce qu’il faut savoir sur la vie marine régionale.

À voir le long de la Cabot Trail
Margaree Salmon Museum, 60 East Big Intervale Road, North East Margaree
Centre culturel des Trois Pignons, 15584 Cabot Trail, Chéticamp
Centre d'accueil de Chéticamp, 16648 Cabot Trail, Chéticamp
Fiddlin' Whale Tours, Pleasant Bay Whale Interpretive Centre, 104 Harbour Road, Pleasant Bay
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