La baie de Fundy en zodiac

Sur le point d’achever un voyage en Nouvelle-Écosse, je m’étais laissé dire que le rafting sur la Shubenacadie River était une expérience à ne pas manquer. Je devais repasser par l’isthme pour rejoindre le Nouveau-Brunswick et le site tout au fond à l’est de la baie de Fundy, à 30 minutes de Truro ou 90 de Halifax se trouvait sur mon chemin. Je n’ai donc pas hésité bien longtemps à tenter l’aventure attiré par ce que l’on me disait de la "Shubie".

Le mascaret de la baie de Fundy

La baie de Fundy qui sépare le Nouveau-Brunswick du sud de la Nouvelle-Écosse est réputée pour avoir les plus grandes marées du monde. Elles ont leur apogée au Minas Basin, qui ne communique avec la baie que par un étroit goulet. La mer s’entasse en masse dans cet espace limité et peu profond, envahissant la côte en remontant parfois loin dans l’intérieur des terres par les estuaires sculptés en V.
La marée montante provoque une onde formant une barre contrariant le cours des fleuves se jetant dans l’océan. C’est le phénomène du mascaret, et c'est cette barre que l’on vient affronter lors d’un tour de quatre heures s’étirant sur 18 kilomètres avec une série d’au moins huit rapides sur le chemin du retour. Il en existe de plus courts mais comme nous avons le temps et que l’on ne le refera pas tous les jours, autant s’offrir les sensations maximales non ?
Le phénomène est bien plus violent au moment de l’équinoxe, ça tombe bien puisqu’on est en septembre. Il arrive que la vague dépasse les trois mètres, certains guides allant même jusqu’à cinq…

Il ne faut pas hésiter à mouiller le maillot sur la Shubenacadie River.

Rafting sur la Shubenacadie River

De pied en cap

Le lieu de rendez-vous est juste à l’est d’Urbania, un bien grand nom pour un si petit village. Par-dessus le maillot de bain, on s’équipe de combinaisons étanches fournies sur place dans les vestiaires de la compagnie où l’on peut laisser ses effets personnels et surtout de quoi se changer au retour. Il y a même des douches...
À l’extérieur, un dock de bois flottant est orné d’une guirlande de radeaux orange vif. Après avoir enfilé les gilets de sauvetage et écouté les consignes de sécurité (en anglais), nous sommes sept à monter à bord de notre esquif avec notre pilote. Nous emballons soigneusement notre appareil photo mais on découvrira vite qu’il vaut mieux le laisser à l’abri.

Tiens bon la vague

À cette époque de l’année, la rivière est classée IV ou V, pas mal du tout pour une échelle qui compte six niveaux.
Lors de cette séance, nous n’avons pas besoin de nous préoccuper de la manœuvre. Pour le moment nous avons tout le loisir de contempler tranquillement le paysage. Notre guide, très tonique et souriant comme il se doit, nous montre des aigles à tête chauve et même un nid d’aigle haut perché qui a l’air d’avoir la taille de notre radeau. Il doit s’agir d’une famille nombreuse… !
À marée basse, la rivière est encore parsemée de bancs de sable émergés ou affleurants qui sont autant de pièges. Il vaut mieux éviter de s’échouer…
En cas de chute, il est rassurant de savoir que le fleuve n’est pas profond et surtout tapissé de sable sans aucun écueil sur le parcours. Donc même si on n’arrive pas à attraper la ligne de vie faisant le pourtour du bateau, il faut simplement penser à se laisser flotter. Ça vaut aussi pour les enfants qui sont acceptés à partir de 6 ans.
Notre guide pousse un cri en tendant le bras : accrochez-vous ! Attention dans un instant, ça va commencer comme dirait Michel Fugain ! Ça débute comme un murmure avec en vue un simple ourlet d’écume phosphorescent dans le lointain. Soudain la vague arrive, un véritable rouleau fondant sur nous. Notre guide a besoin de tout son savoir-faire pour rester sur la crête de la barre, haute d’au moins un mètre. Il commence à tournicoter entre les bancs de sable qui, à si faible profondeur, produisent des remous, rapides et contre-courants. Ceux-là bouillonnent et forment des creux hachant les vagues dont le ressac nous envahit. Nous nous mettons à écoper frénétiquement d’une main, de l’autre nous tenons fermement un bout comme un cavalier de rodéo essayant de tenir sur sa monture déchaînée mais en fait, l’expérience évoque davantage une montagne russe aquatique. Car nous sommes vites mouillés, voire très mouillés. D’autant que nous avons droit à d’autre tours de manège !

Rien de tel qu'un bain de boue pour se remettre d'une séance de rafting sur la Shubenacadie River.

Abandonnant la vague frontale, nous retournons dans les rapides encore quatre ou cinq fois jusqu’à ce qu’ils finissent par se calmer, la mer devenant plus étale et les bancs de sable se trouvant à plus grande profondeur désormais. Quelle riche idée d’être en maillot de bain, même si l’imperméable colle à la peau avec effet sauna garanti. Heureusement en cette fin d’été l’eau est à 23° C et il n’y a que le vent relatif dû au déplacement du radeau. Nous n’osons pas imaginer la même expérience un mois plus tard et par grand vent… Le vestiaire et la douche n’en sont sûrement que davantage appréciés.
Jusqu’alors nous ne nous étions frottés qu’à la marée géante côté Nouveau-Brunswick. Désormais, nous savons que la baie de Fundy côté Nouvelle-Écosse est tout aussi sauvage et spectaculaire.

© photo principale : Wally Hayes / Nova Scotia Tourism © photos article de haut en bas : Scott Munn / Nova Scotia Tourism ; Scott Munn / Nova Scotia Tourism