Aventures en traîneau à chiens

Sans doute marqués par les romans de Jack London et James Oliver Curwood, nous nous sommes décidés à nous atteler, le mot n’est pas trop fort, à l’une des expériences hivernales canadiennes les plus emblématiques : la randonnée en traîneau à chiens. Direction la réserve faunique Papineau Labelle, 1628 km2 de forêts d’érables, de bouleaux et de résineux arrosées de centaines de lacs et de rivières.

S’équiper pour la conduite de traîneau à chiens.

La règle des 3 couches s’applique également au traîneau à chiens. Privilégiez les tissus perspirants, proscrivez le coton, et ne partez pas sans la sainte trilogie gants-cagoule-écharpe, vos lunettes de soleil et de l’écran total. Emportez une thermos et un petit sac à dos pour la journée, ainsi qu'une paire de chaussures confortables pour le soir au refuge. N’oubliez pas votre frontale car trouver les toilettes sèches dans la neige et dans le noir peut être une aventure en soi.
Vous pouvez louer les bottes de neige et les vêtements grand froid sur place et le sac de couchage -30° est fourni gratuitement.

Avant le départ

Nous faisons connaissance avec nos 5 compagnons d’aventures et notre guide. Ce dernier nous présente le matériel à notre disposition : le traîneau est muni d'un grand sac étanche où l’on entrepose le matériel, la ligne de trait et les harnais, une ancre à neige (on apprendra à quoi ça sert plus tard) et la liste des chiens de notre attelage.
Voici alors le grand moment de la présentation des chiens, de superbes et solides malamutes d’Alaska. Ils ont l’air de vrais fauves : après tout, ne descendent-ils pas du loup ? On se voit attribuer son attelage. Nous aurons chacun 5 chiens.

Après un court transfert de 15 minutes jusqu'à l'entrée de la réserve faunique, on reçoit une petite formation sur la conduite. Tout au long du voyage, il va falloir s’occuper de nos chiens, leur enfiler les harnais et les placer dans l'attelage, voire les nourrir, comme un véritable musher… Comme on n’est pas Nicolas Vanier, on est bien content de partir avec un guide.

P. Villecourt/Bonjour Québec

C’est parti !

Il fait sans doute au moins –20°… Heureusement pas de vent ! Sans cela il ne ferait pas froid, mais frette, comme on dit dans la Belle Province (plus froid que froid en gros) ! L’ombre des bouleaux griffe encore le tapis neigeux. Dans le lointain, on aperçoit un lac gelé semé de cabanes de pêche blanche surmontées de leurs tuyaux de poêle. Les pêcheurs ont bien de la chance, nous, pour le prochain chauffage, il va falloir attendre ce soir…

Les chiens, flairant le départ imminent, émettent de petits jappements, on essaye de tempérer leurs ardeurs mais finalement on est un peu comme eux, à part le son… Enfin, le musher ce nom dériverait du français marche, injonction donnée aux chiens pour les faire avancer – nous libère et on se lance à sa suite. Les chiens n’attendaient que ça, déjà prêts à se bagarrer.

Il faut veiller à garder les rênes bien tendues, les chiens doivent sentir le poids de la charge. D’ailleurs, à peine parti que déjà il faut penser à descendre du traîneau pour l’alléger dans le premier raidillon, et se tenir prêt à se servir du frein dès que l’on bascule sur le versant suivant. Heureusement, le dénivelé reste symbolique. Pourvu que ça dure…
On suit un ancien chemin de bûcheron traversant la forêt saisie dans la blancheur hivernale pour se rendre à notre premier refuge. En fin de matinée, c’est le premier arrêt buffet. Les chiens restent harnachés tandis que nous faisons partir un feu dans la neige avec quelques écorces de bouleau pour faire une grillade au barbecue. Le guide en profite pour nous dispenser quelques rudiments sur la survie en forêt avant de repartir, longeant un lac pour basculer vers un autre. On a démarré par une journée tranquille d’à peine 20 km, histoire de faire connaissance avec notre équipage.

Une soirée au refuge

Le refuge est une cabane tout ce qu’il y a de rustique sans eau courante ni électricité. En allant chercher de l’eau dans le lac voisin (ou plutôt quelques gros glaçons découpés à la scie), on remarque des traces d’animaux. Nous ne sommes pas (encore) capables de les interpréter comme on dit ici. Tout ce qu’on voit c’est que c’est petit, ouf… ! De retour à l’abri, le feu gronde déjà dans le poêle, quelqu’un d’autre s’étant chargé de la corvée de bois. Une lampe au propane éclaire chichement l’assemblée regroupée autour de l’âtre et attendant la soupe. Ce soir, pas de doute, personne ne va jouer les prolongations mais avant d’aller se coucher, on admire la voûte céleste criblée d’étoiles qui nous paraissent toutes proches dans un ciel débarrassé de sa pollution nocturne.

F. Jousselin/Bonjour Québec

Autour du lac Armstrong

Après le petit déjeuner, nous rejoignons les chiens qui piaffent déjà. On sent qu’il ne leur en faudrait pas beaucoup pour déclencher un concert, les babines retroussées sur la gueule entrouverte dressée vers le ciel. On arrive à se dépatouiller de la ligne de trait. Chaque chien est attaché par son collier au niveau du cou et par le harnais au niveau du bas du dos, à la racine de la queue. Ligne de cou et ligne de queue sont reliées à la ligne de trait principale. C’est un peu technique, heureusement, il n’y a que cinq chiens !

Une fois harnachés, nous remontons tranquillement vers le nord pour contourner un autre lac en traversant de nombreux ruisseaux plus ou moins gelés. Le seul son perceptible, en dehors du vent relatif, est le chuintement des patins du traîneau sur la neige gelée et le halètement des chiens tirant la langue. Parfois, des paquets de neige dégringolent des arbres faisant craquer une branche, claquant comme des coups de feu dans le silence ouaté et glacé de la forêt. Les lacs ont de drôles de noms (Ernest !), bien inscrits dans l’histoire locale.

Après l’incontournable déjeuner-barbecue, nous glissons sur le parapet d’une vieille voie de chemin de fer, passant devant une antique cabane en bois rond dont on doute que ce soit celle d’un garde-barrière… Après un arrêt pour grignoter, dans le bois comme on dit ici, on rallie le refuge en passant par le lac Armstrong d’un blanc forcément lunaire. Le temps d'installer les chiens pour la nuit (un autre grand pas pour l’humanité) et nous voilà autour d’un dîner convivial tandis que le bois crépite dans le poêle. Dans la nuit, le ciel se drape au nord de lueurs de néon blafard, sans doute une ébauche d’aurore boréale. La température a dû encore chuter. Cela laisse les chiens indifférents, ils ont l’air de bien dormir.

S. Cloutier / Bonjour Quebec

La dernière étape

Les hommes et les chiens nourris, on part tôt ce matin, sautant d’un lac gelé à un autre, coupant à travers une anse bosselée par de vieilles huttes de castors au lac du Sourd. L’itinéraire devient plus vallonné, la piste alternant sous-bois d’érables et d’épinettes et grands espaces à ciel ouvert. On a rarement éprouvé une pareille sensation de liberté et pour un peu, on se croirait devenu de vrais coureurs des bois.

On s’arrête pour pique-niquer sur une petite éminence que notre guide nous confirmera être un îlot au milieu d’un lac offrant une belle vue sur rien finalement, si ce n’est le grand blanc s’étendant à l’infini de manière hypnotique. Notre dernière étape est un magnifique chalet de bois rond au milieu de nulle part. On se demande à quoi l’endroit peut ressembler en plein été. On a un peu de temps pour faire le tour du petit lac adjacent. Le guide nous montre diverses traces d’animaux.

De retour au camp, on prend le temps de féliciter les chiens avec qui on a pu établir une certaine complicité. Joueurs, certains adoptent une position de soumission, sur le dos, pattes en l'air, qui ne colle pas du tout avec leur physique de lutteur. Sans doute histoire de nous montrer que la randonnée s’est déroulée sans accroc. Au retour, il faudra revoir Romaine par moins 30 ou relire Croc Blanc, c’est promis.

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© photo principale : J.-F. Hamelin / Bonjour Québec © photos articles de haut en bas : P. Villecourt/Bonjour Québec ; F. Jousselin/Bonjour Québec ; S. Cloutier / Bonjour Québec
  • aventurier

    Un décor super, de superbes clichés, des chiens super mignons (c'est pas comme on voit dans nos ruelles lol), des gens sympathiques!… Ce genre de récit fait tout simplement tomber amoureux du Québec.