5 choses à savoir sur les Attikameks

Au XVIet XVIIe siècles, lorsque les explorateurs européens s’installent le long des berges du Saint-Laurent, ils rencontrent les peuples amérindiens1 qui occupent le territoire. Malgré des changements majeurs induits par cette arrivée, les nations amérindiennes et la nation inuite préservent des pans entiers de leur culture. Aujourd'hui, il existe 14 villages inuits et 41 communautés amérindiennes, parmi lesquelles celle des Attikameks. Au nombre d’environ 6 730, les Attikameks habitent principalement Manawan, au nord de la région de Lanaudière, et en Haute-Mauricie. Avant de passer quelques jours en leur compagnie, voici l'essentiel à connaître sur la communauté.

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Le peuple de l'Écorce est aussi appelé peuple inondé

Les Attikameks sont connus sous le nom de « peuple de l’Écorce » pour leur relation quasi fusionnelle à la forêt et leur artisanat virtuose. Ils occupaient autrefois un immense territoire, le triangle de la Haute-Mauricie, bordé à l'est par le pays des Algonquins, à l'ouest par celui des Innus et au sud par celui des Cris.

Les Attikameks sont réputés pour leurs canoës en écorce de bouleau.

XVIe-XIXe : à l'écart du monde

Au XVIe siècle, les voyageurs (l’autre nom des trappeurs des compagnies de fourrures) racontent qu’au-delà de Trois-Rivières, vivent des chasseurs hors pair, les Indiens d'en haut ou Attikameks. Ces derniers évitent quasiment tout contact avec la "civilisation" jusqu’en 1895, date à laquelle est arrivé le premier missionnaire.

L'industrialisation et la déforestation

Et puis, le chemin de fer arrive avec la coupe des arbres, les incendies de forêt et les barrages sur la Saint-Maurice et la Gatineau destinés au flottage du bois et à la production d’électricité. Bouleversant les régimes hydrographiques, inondant d’immenses pans de territoire incluant des villages, le réservoir Gouin ainsi créé, chasse la faune et noie la forêt qui se met à pourrir sur pied.
Cette déforestation et le développement des grandes compagnies de pâte à papier accélèrent l’instauration d’une réserve à Manouane où les Attikameks se voit contraints de résider à partir de 1906. La petite nation a survécu, mais avec au cœur un sentiment d'injustice qui semble indélébile.

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Le tourisme est essentiel pour les Attikameks

Après une période d’intenses revendications politiques au Canada comme au Québec, les Attikameks essaient de se prendre en charge. La mise en valeur de leur patrimoine par Tourisme Manawan, un organisme formant les Autochtones aux subtilités de l’accueil des étrangers est vitale pour eux, à la fois pour des questions économiques mais aussi pour éviter l’acculturation. Le tourisme est sans doute l’une des rares ressources de la communauté à la démographie galopante et plongée dans le chômage et l’échec scolaire.
Ce sont surtout des Français qui semblent toujours plus curieux de la culture indienne d’hier comme d’aujourd’hui. Si les Canadiens et en particulier les Québécois viennent dans la région, c’est davantage pour la pêche que pour parfaire leur connaissance des peuples premiers.

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Six saisons rythment l'année

Sikon

C'est l’avant printemps (mars-avril) qui voit la poussée de sève dans les érables. On fabrique des paniers étanches pour la recueillir et en faire du sirop.

Miroskamin

C'est le printemps, qui court de mai à juin et voit l’éclosion des baies et le retour des oiseaux. Les Attikameks explorent leur territoire, recensant les ressources fauniques et chassant le canard et la perdrix. On apprête les peaux.

Nipin

L’été dure de fin mai à fin septembre. Il est relativement chaud avec des températures allant de 25 à 35°c. Des averses ponctuelles permettent à la nature de se rafraîchir et se refaire une beauté. C’est la saison de la chasse au petit gibier, de la pêche au filet (doré, brochet, truite rouge ou grise), de la cueillette de l’écorce, des plantes médicinales et des bleuets que l’on transforme en délicieux dessert bien dense et bourré de vitamine C.

Chez les Attikameks, Nipin est la saison de la pêche au filet.

Takwakin

C'est l’été indien et la saison de la transhumance des saumons et de la truite, mais aussi de la chasse à l’orignal.

Pitcipon

Les mois de novembre et décembre intitient l’avant-garde de l’hiver. La saison se passe à pêcher le corégone, un grand poisson blanc de la famille du saumon qui a donné son nom aux Attikameks . C’est aussi la saison où les animaux ont leur plus belle fourrure. La martre, le castor ou le lièvre sont attrapés selon les techniques ancestrales. Leurs peaux seront apprêtées par les femmes  pour confectionner les vêtements d’hiver.

Pipon

C’est le temps de l’hiver avec la neige, le vent et la glace. Si janvier est considéré comme le plus long mois d’hiver, février se passe au rythme de la marmotte. On pratique la pêche blanche, sous la glace avec un filet. Au campement, on fabrique des paires de raquettes avec des peaux d’orignal, lavées et grattées que l’on tressera bien serrées dans le cadre des raquettes.

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La langue attikamek est la langue officielle

La langue attikamek, de même que toute autre langue algonkin est très descriptive et spécifique. Par exemple, de toutes les langues issues de l’algonquin, seule la langue attikamek emploie le "r" français. On trouve des écrits, issus du langage attikamek et avec l’usage de la lettre "r", dans des documents historiques comme la liste des mots autochtones de Jacques Cartier ou Samuel de Champlain, dans les correspondances de Marie-de-L’Incarnation et dans les Relations des Jésuites (avec Paul Lejeune, entre autres).
L’attikamek est parlé par toute la population, tandis que le français est utilisé comme seconde langue.

Les Attikameks fabriquent leurs raquettes avec des peaux d’orignal.

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Les Attikameks et les animaux

Les animaux ont toujours eu une place très importante dans la vie des Amérindiens. Depuis belle lurette, il est interdit de chasser l'aigle royal, symbole de force pour les Amérindiens alors que ses plumes sont très recherchées. Aujourd’hui, les Attikameks se contentent de les dénicher au hasard de leurs pérégrinations dans le bois, patientant parfois bien longtemps pour achever la décoration de leurs costumes traditionnels ou leurs capteurs de rêves.

1 Au Québec, les Amérindiens sont également désignés par l’appellation Premières Nations. Le terme Autochtones désigne quant à lui les Inuits et les Amérindiens.
© photo principal : Tourisme Manawan / Mayoke © photos article de haut en bas : Tourisme Manawan / Mayoke